Un nom de règne est le nom officiel qu'un souverain ou un pape porte durant son exercice du pouvoir. Il sert à identifier la personne pendant sa période de gouvernement et à distinguer les titulaires successifs qui ont choisi le même nom.
Choix et usage
Un monarque peut conserver son nom de naissance ou en adopter un autre au moment de son accession au trône. Le nom choisi devient alors le nom sous lequel il est généralement connu dans les actes officiels, la numismatique, les documents juridiques et l'historiographie. De même, un pape choisit un nom pontifical lors de son élection ; ce nom remplace son nom de baptême dans l'usage public et liturgique.
Exemple : Edward VII du Royaume-Uni, né Albert Edward de Saxe-Cobourg et de Gotha
Exemple : Le pape Jean-Paul II, né Karol Józef Wojtyła
Numérotation et forme
Lorsqu'un même nom est porté par plusieurs titulaires, on ajoute un nombre ordinal pour distinguer chaque titulaire (I, II, III, etc.). Dans la tradition papale et monarchique européenne, on emploie couramment les chiffres romains (par ex. Louis XIV, Henri VIII, Jean-Paul II), visibles sur les monnaies, les inscriptions et les documents officiels. Les ordres numériques peuvent aussi être écrits en chiffres arabes selon les usages typographiques modernes.
La numérotation est déterminée par le nombre de prédécesseurs ayant porté exactement le même nom dans la même institution. Par exemple Elizabeth II est numérotée « II » parce qu'elle est la seconde reine portant le nom d'Elizabeth dans la lignée monarchique qui concerne le Royaume-Uni et ses royaumes du Commonwealth.
Elizabeth I d'Angleterre (1533-1603) fut la première reine britannique nommée Elizabeth. Elle régnait sur l'Angleterre "élisabéthaine". Son temps sur le trône a été appelé "l'ère élisabéthaine" ou "l'âge élisabéthain".
Raisons du changement de nom
- Respect de la tradition ou hommage à un prédécesseur célèbre (par ex. plusieurs papes ont pris le nom de Pie, Léon, ou Jean).
- Souhait d'affirmer une orientation spirituelle ou politique différente (ex. Jean-Paul I et II marquent une référence aux deux papes Jean et Paul).
- Éviter un prénom personnel peu adapté au règne (certains souverains choisissent un nom plus solennel).
Cas particuliers et controverses
Parfois la détermination du numéro peut poser question, notamment dans les royaumes nés d'union ou de succession complexe. Un exemple célèbre est la contestation en Écosse après l'accession d'Elizabeth II : certains Écossais estimaient qu'elle ne pouvait se réclamer d'un « II » puisqu'il n'y avait pas eu d'Elizabeth antérieurement reine d'Écosse. La question a donné lieu à des débats politiques et juridiques mais la pratique moderne a retenu l'utilisation du chiffre adopté par le souverain.
Autre particularité : dans certaines cultures, d'autres systèmes que le « nom de règne » européen existent — par exemple les noms de temple, les noms posthumes ou les ères (nengō) au Japon, ou encore les titres dynastiques dans le monde islamique. Ces appellations remplissent des fonctions proches (identification, commémoration, datation) mais suivent des règles propres à chaque tradition.
Usage pratique et historiographie
Le nom de règne sert à dater officiellement les actes (on parle parfois d'une date « la quatrième année du règne de ... »), à désigner des périodes historiques (« l'ère élisabéthaine », « le règne de Louis XIV ») et à faciliter la référence aux monarques dans les études historiques. Dans la correspondance et les titres, on retrouve aussi des formules combinant le nom de règne et le numéro (ex. « George VI », « François Ier »).
Quelques autres exemples célèbres
- George VI (né Albert, prit le nom George à son avènement)
- Louis XIV de France (appelé « le Roi-Soleil »)
- Pie XII (pape, nom pontifical)
- Pape François — premier à choisir ce nom
En résumé, le nom de règne est à la fois un outil d'identification et un symbole : il inscrit le titulaire dans une lignée, oriente l'image de son règne et facilite la datation des actes officiels et l'écriture de l'histoire.