L'essence /ɛsɑ̃s/ est un liquide inflammable et toxique utilisé principalement comme carburant dans les moteurs à combustion interne. Elle n'est pas synonyme de pétrole /petʁɔl/ : le pétrole (ou huile brute) est une matière première extraite du sous-sol, tandis que l'essence est l'un des produits raffinés obtenus à partir du pétrole par distillation et par des procédés de conversion et de mélange. La production d'essence implique le fractionnement du pétrole dans une colonne de distillation, puis des opérations de craquage, reformage, isomérisation et enfin le mélange des fractions et l'ajout d'additifs pour obtenir les caractéristiques souhaitées. Ces étapes requièrent des installations industrielles et de l'énergie, ce qui explique en partie le coût final du carburant.
Composition
L'essence est une mélange complexe d'hydrocarbures et d'additifs. Les hydrocarbures présents vont généralement des C4 aux C12 et comprennent :
- des alcanes (paraffines) linéaires et ramifiés ;
- des cycloalcanes (naphtènes) ;
- des hydrocarbures aromatiques (par ex. benzène, toluène, xylènes) ;
- des traces d'oléfines selon les procédés de raffinage.
Parmi les composants, l'octane (C8H18) est l'un des nombreux constituants possibles mais l'essence n'est pas "principalement composée d'octane" : elle contient un mélange d'espèces chimiques. Des additifs sont incorporés pour améliorer la combustion, limiter les dépôts, réduire la corrosion, stabiliser le carburant et prévenir l'oxydation. Depuis la fin du XXe siècle, l'essence sans plomb a remplacé l'essence plombée ; aujourd'hui on ajoute aussi souvent de l'éthanol (voir section sur les carburants oxygénés).
Indice d'octane et cliquetis
L'indice d'octane est une mesure de la résistance d'un carburant à l'auto-inflammation prématurée (cliquetis) dans un moteur. Il est déterminé par comparaison avec des mélanges standards de n-heptane (indice 0, très prone au cliquetis) et d'iso-octane (2,2,4-triméthylpentane, indice 100, très résistant au cliquetis).
Il existe plusieurs façons de mesurer cet indice :
- RON (Research Octane Number) — mesuré dans des conditions de laboratoire moins sévères ; très utilisé en Europe et indiqué sur les pompes (ex. 95, 98 RON) ;
- MON (Motor Octane Number) — mesuré dans des conditions plus sévères (température et vitesse plus élevées) ;
- Aux États-Unis, on indique souvent l'AKI (Anti-Knock Index) qui est la moyenne (RON+MON)/2 et se traduit par des chiffres comme 87, 89, 91–93 selon les stations.
Un indice d'octane plus élevé signifie une meilleure résistance au cliquetis et permet d'utiliser des moteurs à taux de compression plus élevés ou des modes de combustion plus poussés, ce qui peut améliorer le rendement. Le choix du carburant doit suivre les recommandations du constructeur : utiliser un carburant d'indice insuffisant peut provoquer du cliquetis et endommager le moteur, tandis qu'utiliser systématiquement un carburant d'indice supérieur n'apporte souvent pas d'avantage significatif si le moteur n'est pas conçu pour cela.
Types d'essence et mélanges oxygénés
Sur les stations-service, on trouve couramment plusieurs qualités d'essence proposées à différents prix — en Amérique du Nord il s'agit souvent de 87 (ordinaire), 89 (midgrade), 91–93 (premium) en AKI ; en Europe les repères usuels sont 95 et 98 RON. Par ailleurs :
- Ethanol : de nombreuses essences contiennent une proportion d'éthanol (E5 = 5 % d'éthanol, E10 = 10 %, E85 = 85 % pour véhicules flex-fuel) ;
- Carburants sans plomb : le plomb tétraéthyle a été progressivement supprimé à cause de sa toxicité ; les carburants actuels sont sans plomb et utilisent d'autres additifs anti-cliquetis ;
- Carburants dits "premium" : formulation avec indice d'octane plus élevé et plus d'additifs detergents pour certains moteurs modernes et pour réduire les dépôts dans les injecteurs et sur les soupapes.
Production et raffinage
La production d'essence commence par la distillation du pétrole brut en différentes fractions (gazole, kérosène, essence de base, etc.). Pour augmenter le rendement en essence et améliorer sa qualité, les raffineries utilisent des procédés comme le craquage catalytique, le reformage catalytique et l'isomérisation ; ces procédés transforment des molécules lourdes en molécules plus légères et plus adaptées aux moteurs. Enfin, on procède au mélange avec des composants aptes à atteindre l'indice d'octane cible et à l'ajout d'additifs (détergents, anticorrosion, antioxydants).
Santé, environnement et sécurité
La combustion d'essence produit du dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre, ainsi que d'autres polluants : monoxyde de carbone (CO), oxydes d'azote (NOx), hydrocarbures imbrûlés et particules. Certaines molécules aromatiques (comme le benzène) sont toxiques et cancérigènes à long terme. C'est pourquoi la réglementation limite leur teneur et contrôle la qualité des carburants.
Sur le plan sécurité, l'essence est hautement inflammable et ses vapeurs peuvent former des mélanges explosifs avec l'air. Elle est aussi toxique par inhalation et par contact prolongé avec la peau. Le stockage et le transport obéissent à des normes strictes pour prévenir les fuites, les incendies et la pollution des sols et des eaux.
Alternatives et tendances
Pour réduire les émissions et la dépendance aux carburants fossiles, plusieurs pistes sont développées :
- augmentation des carburants à base d'éthanol d'origine agricole ou cellulosique ;
- carburants synthétiques (e‑carburants) produits à partir d'hydrogène et de CO2 capté ;
- véhicules électriques et hybrides qui réduisent ou suppriment l'usage d'essence ;
- améliorations continues des moteurs pour réduire la consommation et les émissions.
En résumé, l'essence est un mélange raffiné d'hydrocarbures utilisé comme carburant automobile, caractérisé par son indice d'octane et par une composition variable selon les procédés de raffinage et les additifs. Son usage soulève des questions techniques (compatibilité moteur), économiques (prix et raffinage) et environnementales (émissions, pollution), ce qui pousse à des évolutions vers des carburants plus propres et des technologies alternatives.

