Le Dévonien est une période de l'ère paléozoïque qui s'étend d'environ 419 millions d'années (Ma) à environ 359 Ma. Son nom provient du Devonshire, en Angleterre, où les affleurements caractéristiques ont été étudiés et décrits au XIXe siècle. Le Dévonien est souvent qualifié d’« âge des poissons » en raison de la diversification spectaculaire des vertébrés aquatiques, mais il est aussi crucial pour l’histoire de la colonisation des terres émergées et le développement des premières grandes forêts.

Chronologie et subdivisions

La période est classiquement divisée en trois grandes parties, elles‑mêmes subdivisées en étages :

  • Dévonien inférieur : Lochkovien (≈419–410 Ma), Praguien (≈410–407 Ma), Emsien (≈407–393 Ma).
  • Dévonien moyen : Eifélien (≈393–388 Ma), Givétien (≈388–383 Ma).
  • Dévonien supérieur : Frasnien (≈383–372 Ma), Famennien (≈372–359 Ma).

Climat, niveaux marins et tectonique

Le climat du Dévonien est globalement chaud et sans calottes polaires étendues ; les niveaux de la mer sont élevés, favorisant des plateformes marines peu profondes et le développement de vastes récifs. L’activité tectonique est importante : collisions continentales et orogenèses (comme la Calédonienne et l’Acadiane) modèlent les bassins sédimentaires. À l’échelle planétaire, des mouvements tectoniques rapprochent progressivement les grandes masses continentales, amorçant à long terme l’assemblage qui mènera à la Pangée, bien que cette supercontinent ne soit pas encore formé à la fin du Dévonien.

Vie marine

La vie marine du Dévonien est extrêmement riche et diversifiée. Les récifs sont dominés par des stromatoporoïdes et des coraux rugueux qui forment d’immenses constructions récifales. Parmi les groupes marins importants :

  • Poissons : explosion des vertébrés aquatiques — Agnathes (formes sans mâchoire archaïques), Acanthodiens (poissons à épines), Placodermes (poissons cuirassés comme Dunkleosteus), Chondrichtyens (poissons cartilagineux, ancêtres des requins modernes) et Ostéichtyens (poissons osseux), avec une divergence nette entre les actinoptérygiens (poissons à nageoires rayonnées) et les sarcoptérygiens (poissons à nageoires lobées, ancêtres des tétrapodes).
  • Céphalopodes : nautiloïdes et ammonoïdes prospèrent dans les mers.
  • Invertébrés : brachiopodes, trilobites (déclin progressif), bryozoaires, bivalves et divers arthropodes marins (dont les éurypterides).

Le Dévonien voit l’apparition et la radiation de formes expérimentales évolutives, comme les poissons sarcoptérygiens ayant des structures osseuses et musculaires préadaptées à la vie en eau peu profonde et, plus tard, à l’émergence sur la terre ferme.

Colonisation des terres et forêts

C’est durant le Dévonien que la vie végétale et animale s’affirme réellement sur les continents :

  • Plantes : les premières plantes vasculaires (rhyniophytes) apparaissent au Silurien/Dévonien inférieur et se diversifient ensuite en formes plus hautes et plus complexes. Les lycophytes, prêles primitives et fougères arborescentes se multiplient ; Archaeopteris, un progymnosperme (forme ligneuse possédant des caractéristiques proches des gymnospermes), forme les premières forêts denses à la fin du Dévonien. Les premières graines apparaissent sous forme d’organismes progymnospermes/semi‑associes à la fin du Dévonien, prélude aux plantes à graines pleinement développées du Carbonifère.
  • Arthropodes terrestres : myriapodes, arachnides (scorpions terrestres, acariens primitifs) et insectes primitifs colonisent les sols et la litière végétale. Les interactions plantes‑arthropodes deviennent plus complexes (pollinisation, décomposition).
  • Tétrapodes : des formes intermédiaires (tétrapodomorphes) comme Eusthenopteron, Panderichthys puis Tiktaalik apparaissent au Dévonien moyen‑supérieur ; vers la fin du Dévonien, des animaux comme Ichthyostega et Acanthostega montrent des pattes à doigts et des adaptations à la locomotion hors de l’eau. Ces événements marquent la transition majeure des vertébrés de l’eau vers la terre.

Crises biologiques et extinctions

Le Dévonien est marqué par plusieurs épisodes d’extinction, dont le plus notable est l’événement Frasnien–Famennien (≈372–359 Ma) qui affecte sévèrement les récifs et de nombreux groupes marins (stromatoporoïdes, coraux, certains groupes de poissons). Ces crises sont associées à des épisodes d’anoxie marine, de variation du niveau marin et possiblement à des changements climatiques globaux ou à des impacts tectoniques/volcaniques locaux. Un second événement, plus bref et parfois appelé l’événement de Hangenberg, se manifeste à la transition Dévonien–Carbonifère (~359 Ma) et entraîne d’autres pertes de biodiversité.

Importance géologique et paléontologique

Les sédiments dévoniens contiennent d’importantes archives paléontologiques et paléoclimatiques : fossiles de poissons, plantes fossiles (empreintes de feuilles, bois fossilisés), récifs fossiles et couches riches en matières organiques (schistes noirs) qui témoignent d’événements anoxiques. Les dépôts du Dévonien ont aussi une valeur économique (certains horizons riches en matière organique sont des générateurs potentiels d’hydrocarbures après maturation géologique).

En résumé, le Dévonien est une période charnière où s’accélèrent la diversification des poissons, la formation des premiers écosystèmes terrestres complexes et l’apparition des premiers tétrapodes — des étapes essentielles menant à la faune et à la flore terrestres modernes — tout en connaissant des crises biologiques qui restructurent les communautés marines.