La Prusse (en allemand : Preußen) désigne à la fois un peuple ancien et plusieurs entités politiques qui se sont succédé en Europe du Nord et centrale. Le terme évoque surtout le Royaume de Prusse, État dominé par la maison de Hohenzollern dont le territoire, à son apogée, couvrait des parties de l'actuelle Allemagne, de la Pologne, de la Lituanie et, pour de courts moments, de la France. Selon les époques, « prussien » a désigné des populations d'origine baltique, des sujets d'un duché ou d'un royaume, puis des citoyens germanophones faisant partie de l'espace politique prussien.

Origines et formation

Le nom Prusse vient du peuple balte des Prussiens anciens (ou Borussi), qui parlaient la langue prussienne, aujourd'hui éteinte. À partir du XIIIe siècle, la région fut conquise et christianisée par l'Ordre Teutonique. En 1525 l'Ordre transforma ses possessions en Duché de Prusse laïc, confié à la maison de Hohenzollern (Albert de Brandebourg-Ansbach). Ce duché fut d'abord vassal du royaume de Pologne (suzeraineté confirmée par la secularisation de 1525) mais gagna progressivement en autonomie : la suzeraineté polonaise prit fin après les traités de Wehlau (1657) et d'Oliva (1660).

Une autre entité, la Prusse royale, (ou « Prusse royale ») resta intégrée à la Couronne de Pologne après la seconde paix de Thorn (1466) jusqu'aux partages de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle (premier partage en 1772), époque où la Prusse s'agrandit vers l'est.

Ducale au royaume, essor et centralité

En 1701, l'électeur de Brandebourg — qui tenait également le Duché de Prusse — prit le titre de roi en Prusse (Frédéric Ier), érigant la Prusse en royaume. La maison de Hohenzollern transforma progressivement cet État en une puissance européenne. Après l'humiliation infligée par Napoléon, des réformes administratives, sociales et militaires (réformateurs comme Stein, Hardenberg, Scharnhorst) modernisèrent l'État et l'armée prussienne.

À partir du XIXe siècle, la Prusse devint le principal État de l'espace germanique : elle domina la Confédération de l'Allemagne du Nord, défit l'Autriche en 1866 (guerre austro-prussienne) puis la France en 1870–1871 (guerre franco-prussienne). Le chancelier Otto von Bismarck conduisit ensuite l'unification allemande et proclama l'Empire allemand à Versailles en 1871, avec le roi de Prusse comme empereur (Kaiser). Berlin, capitale prussienne, devint également la capitale de l'Empire.

Structure politique et société

La Prusse était connue pour :

  • une administration centralisée et une forte culture du service public (modèle de bureaucratie prussienne),
  • une armée puissante et des traditions militaires influentes dans la société,
  • la domination politique des Junkers (nobles propriétaires terriens de l'Est prussien) qui occupaient de nombreux postes dans l'armée et l'administration,
  • un système éducatif réputé (écoles publiques, universités) qui contribua à la modernisation et à l'industrialisation.

Prusse au XXe siècle, déclin et disparition

Après la Première Guerre mondiale, la monarchie prussienne fut abolie en 1918 ; la Prusse devint le « État libre de Prusse » au sein de la République de Weimar, restant de loin le Land le plus peuplé et le plus étendu d'Allemagne. La crise politique se manifesta par le Präußenschlag (coup de l'État prussien) en 1932, quand le gouvernement central fit tomber le gouvernement social-démocrate prussien, prélude à la centralisation par les nazis.

Après l'arrivée au pouvoir du régime nazi, l'autonomie des États allemands fut progressivement supprimée : la loi du 7 avril 1934 (loi sur la reconstruction du Reich) anéantit pratiquement l'indépendance des Länder, et l'usage public du nom « Prusse » diminua. Enfin, par la loi du Conseil de contrôle allié n°46 du 25 février 1947, les Alliés proclamèrent la dissolution officielle de l'État prussien en raison de son rôle dans l'histoire militariste et réactionnaire de l'Allemagne.

Frontières, expulsions et héritage territorial

Après la Seconde Guerre mondiale, les frontières de l'Europe centrale furent redessinées : les territoires prussiens situés à l'est de l'« ligne Oder–Neisse » furent placés sous administration polonaise, tandis que le nord de l'ancienne Prusse-Orientale fut annexé par l'Union soviétique (oblast de Kaliningrad). Des millions d'Allemands furent expulsés ou partirent des zones désormais polonaises et soviétiques. Les restes du territoire prussien furent intégrés dans les nouveaux Länder allemands (Brandenburg, Mecklenburg-Vorpommern, Saxe-Anhalt, Schleswig-Holstein, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hesse, etc.).

Culture, usages et mémoire

Le mot « prussien » survit aujourd'hui surtout dans des emplois historiques, géographiques ou culturels. On parle de « militarisme prussien » pour évoquer la place prédominante de l'armée et de l'autorité dans la société, et de « modèle prussien » pour désigner une administration efficace, un système éducatif structuré ou une discipline civique. La langue samogitique des anciens Prussiens a disparu ; la population germanophone a, au fil des siècles, forgé une identité souvent associée à la modernité administrative et militaire de l'État prussien.

Principaux faits à retenir

  • Origine : peuple balte des Prussiens anciens ; germanisation progressive depuis le Moyen Âge.
  • 1525 : création du Duché de Prusse (sécuralisation des biens de l'Ordre Teutonique).
  • 1660 : indépendance effective du joug polonais (traités de Wehlau et d'Oliva).
  • 1701 : proclamation du Royaume de Prusse.
  • 1871 : la Prusse est l'État dominant de l'Empire allemand.
  • 1918–1934 : la Prusse existe comme État libre au sein de la République de Weimar, puis perd ses prérogatives sous le régime nazi.
  • 1947 : dissolution officielle de l'État prussien par les Alliés.

Aujourd'hui, « Prusse » reste un terme chargé d'histoire : il renvoie à une longue évolution politique et culturelle qui a profondément marqué l'Allemagne et l'Europe centrale, tant par ses institutions que par les transformations territoriales et humaines du XXe siècle.