La Ligue musulmane pakistanaise (Pakistan Muslim League, PML) désigne en réalité une série de partis politiques qui se réclament de la tradition de la Muslim League historique, le mouvement ayant conduit à la création du Pakistan en 1947. La PML moderne a connu de multiples refondations et scissions depuis l'interdiction des partis politiques en 1958 par le général Ayub Khan. Certaines des branches les plus connues ont été créées ou encouragées dans des contextes de pouvoir militaire : sous Ayub Khan dans les années 1960, sous le général Zia-ul-Haq dans les années 1980 et sous le général Pervez Musharraf au début des années 2000. À chaque étape, des dirigeants politiques favorables à l'établissement ont été regroupés, puis se sont souvent séparés une fois que leur soutien politique a diminué.
Origines et évolution historique
Les grandes étapes peuvent être résumées ainsi :
- Avant et après 1947 : l'All-India Muslim League devient la principale force politique en faveur de la création du Pakistan et, après l'indépendance, fonde les premières structures politiques nationales.
- 1958 : coup d'État d'Ayub Khan et interdiction des partis politiques, marquant la fin d'une première phase de la Muslim League.
- 1962 : réapparition d'une Ligue musulmane pakistanaise restructurée pour succéder aux formations antérieures et pour fonctionner dans le cadre politique imposé par la junte.
- Années 1970–1980 : pendant la période Zia-ul-Haq, la Ligue se scinde et se recompose autour de personnalités soutenant le régime, avec l'émergence de factions comme celle de Muhammad Khan Junejo.
- Années 1990 : la formation majeure est la Pakistan Muslim League (Nawaz) — PML-N — conduite par Nawaz Sharif, qui devient à plusieurs reprises le parti dominant au Punjab et à l'échelle fédérale.
- 2000–2008 : après le coup d'État de 1999 et l'arrivée au pouvoir de Pervez Musharraf, une scission notable conduit à la création de la Pakistan Muslim League (Quaid-e-Azam) — PML-Q — souvent décrite comme pro-Musharraf.
Factions principales
La dénomination « Pakistan Muslim League » se retrouve aujourd'hui associée à plusieurs organisations distinctes. Les plus importantes sont :
- PML-N (Pakistan Muslim League – Nawaz) : dirigée par Nawaz Sharif et considérée comme le principal héritier électoral de la PML dans les années 1990 et 2010. Idéologiquement plutôt conservatrice, pro-commerciale et fortement implantée au Punjab.
- PML-Q (Pakistan Muslim League – Quaid-e-Azam) : scission formée au début des années 2000, perçue comme favorable au régime de Pervez Musharraf. A constitué des gouvernements provinciaux et fédéraux en coalition après les élections soutenues par la junte.
- PML-F (Functional) : dirigée par la famille Pir Pagara, a une implantation régionale et maintient une identité distincte, souvent impliquée dans la politique du Sindh.
- Autres scissions et groupes : au fil des décennies, plusieurs autres factions (PML-Junejo, PML-Zia, PML-Quaid etc.) sont apparues, se sont recomposées ou ont fusionné selon les alignements politiques locaux et les rivalités personnelles.
Idéologie et base sociale
La PML et ses différentes factions se situent généralement sur un registre conservateur et modéré dans le cadre de « l'islam politique » contemporain : elles prônent un État islamique dans le cadre institutionnel, soutiennent des politiques économiques pro-marché (privatisations, libéralisation), et valorisent l'ordre, la stabilité et les intérêts des élites industrielles et terriennes, en particulier au Punjab. Leur électorat est souvent urbain et provincialement concentré, selon la faction.
Rôle politique et influence
- La PML sous ses différentes formes a occupé à plusieurs reprises le gouvernement fédéral et de nombreuses provinces, jouant un rôle central dans la politique pakistanaise depuis les années 1980.
- Les alliances entre factions de la PML et avec d'autres partis (par exemple des coalitions avec des partis religieux ou des nationalistes provinciaux) ont été fréquentes pour former des gouvernements majeurs.
- Les liens et tensions avec les forces armées ont marqué l'histoire de la PML : certaines branches ont bénéficié du soutien des généraux au pouvoir, tandis que d'autres ont été évincées par les coups d'État ou les changements de régime.
Controverses et incidents signalés
La longue histoire de la PML est aussi marquée par des controverses — allégations de favoritisme vis-à-vis d'intérêts économiques, interventions institutionnelles, et incidents de violence politique. Parmi les affaires ayant suscité une large attention médiatique figure un épisode du 31 décembre 2007 impliquant Asma Jahangir, une avocate pakistanaise renommée pour la défense des droits humains. Selon Asma Jahangir et des reportages contemporains, des hommes armés se réclamant de la PML-Q auraient enlevé sous la menace les filles d'Asma Jahangir et des amis qui étaient en train de retirer des affiches électorales déchirées à Lahore, au lendemain de l'assassinat de Benazir Bhutto. D'après ces récits, les jeunes auraient été emmenés au siège électoral de la PML-Q, détenus, maltraités et menacés ; la police aurait dans un premier temps été accusée de ne pas protéger les victimes et d'avoir pris le parti des assaillants. Ces allégations ont été largement relayées par les médias et dénoncées par des organisations de défense des droits, même si les suites judiciaires et l'attribution formelle de responsabilités ont varié selon les enquêtes et procédures.
Situation actuelle et perspectives
La scène politique pakistanaise reste fragmentée et volatile : la PML, sous ses différentes étiquettes, conserve une influence significative, notamment au niveau provincial. Les rivalités internes, les interventions des institutions non élues et les évolutions géopolitiques et économiques du pays continuent de façonner la trajectoire des factions de la PML. Le devenir politique de ces formations dépendra des recompositions internes, des alliances électorales et du rapport de force entre civils et militaires au Pakistan.
Pour comprendre la PML aujourd'hui, il est utile de suivre :
- les décisions de ses directions nationales et provinciales ;
- les résultats électoraux régionaux, en particulier au Punjab et au Sindh ;
- les enquêtes et procédures judiciaires touchant ses dirigeants ;
- les rapports entre partis civils et institutions militaires.