Le parti Swatantra, créé en 1959, fut la principale formation politique indienne représentant le libéralisme classique au début de la période post‑indépendance. Initié par Chakravarti Rajagopalachari (souvent appelé C. Rajagopalachari), ancien gouverneur général de l'Inde et figure éminente du Congrès, le Swatantra est né d'une réaction au virage étatiste et socialiste que prenait alors le Congrès dominé par Jawaharlal Nehru. Le mot « Swatantra » signifie « liberté » en plusieurs langues indiennes, et la formation prônait une économie de marché, la protection de la propriété privée et une intervention limitée de l'État dans l'activité économique.
Idéologie, bases sociales et programme
Le parti défendait des principes proches du libéralisme classique : libre entreprise, concurrence, fiscalité modérée, et protection des droits de propriété. En 1960, Rajagopalachari et ses alliés publièrent un manifeste en 21 points exposant les motifs de la création du parti et sa vision économique et politique. Sa direction et son électorat comprenaient des commerçants, des industriels et, à l'échelle régionale, des couches sociales traditionnelles comme des zamindars (propriétaires fonciers) et des membres d'anciens États princiers. Contrairement aux partis de droite à caractère religieux comme le Bharatiya Jana Sangh, le Swatantra n'était pas limité par l'adhésion à une religion particulière et se présentait comme une alternative libérale non confessionnelle.
Positions et caractéristiques clés
- Économie : promotion de l'entreprise privée et critique de la planification centralisée.
- État : limitation du rôle de l'État dans la production et encouragement de la décentralisation.
- Justice sociale : défense des libertés individuelles, mais moins orientée vers les programmes de redistribution massifs.
- Base sociale : soutien notable parmi les milieux d'affaires, les propriétaires terriens et certains notables régionaux.
Évolution politique et résultats électoraux
Aux élections générales de 1962, les premières auxquelles il participa, le Swatantra obtint environ 6,8 % des voix nationales et gagna 18 sièges au Lok Sabha (troisième législature, 1962–1967). La progression se poursuivit en 1967, année d'importants rejets du monopole du Congrès : le parti remporta 8,7 % des suffrages et 44 sièges, devenant la principale opposition au niveau national (quatrième Lok Sabha, 1967–1971) et pesant fortement dans certains États comme le Bihar, le Rajasthan, le Gujarat et l'Orissa. En 1971, face à l'ascendant d'Indira Gandhi, le Swatantra s'allia à une vaste coalition de partis de diverses sensibilités pour tenter de la battre ; le résultat fut cependant décevant, avec seulement huit sièges et près de 3 % des voix.
Déclin, fusion et héritage
Plusieurs facteurs expliquent le déclin du Swatantra : la disparition de son chef charismatique C. Rajagopalachari en 1972, la montée d'un langage politique populiste et centralisateur incarné par Indira Gandhi, et la perte d'ancrage dans les secteurs populaires au profit d'autres formations. En 1974, le parti se fondit avec le Bharatiya Kranti Dal dirigé par Charan Singh, marquant la fin de son existence indépendante. Durant sa quinzaine d'années d'existence, le Swatantra a toutefois joué un rôle important en proposant une alternative idéologique au modèle socialiste dominant et en cristallisant l'opposition libérale au rôle prépondérant de l'État.
Le Swatantra reste notable pour avoir incarné, dans le contexte indien des années 1960, une défense cohérente du marché et des libertés économiques, tout en illustrant les difficultés qu'affrontent les partis libéraux classiques dans des sociétés où les enjeux de redistribution et d'identité mobilisent fortement les électeurs. Sa trajectoire illustre aussi la manière dont la personnalisation du leadership, les alliances électorales et les mutations socio‑économiques nationales peuvent accélérer l'émergence ou la disparition d'une formation politique.