L'architecture seldjoukide est le nom donné à l'architecture construite à l'époque où les Seldjoukides régnaient sur la plus grande partie du Moyen-Orient et de l'Anatolie. C'était entre le 11ème et le 13ème siècle. Après le 11ème siècle, les Seldjoukides de Rhum ont émergé du grand empire Seldjoukide en développant leur propre architecture. Leur capitale était Konya. Ils ont été influencés et inspirés par les Arméniens, les Byzantins et les Perses.

Contexte historique

La période seldjoukide en Anatolie commence après la bataille de Mantzikert (1071) qui ouvre la région aux tribus turques. Le sultanat de Rûm (ou Seldjoukides de Rhum) se consolide à partir du XIIe siècle avec Konya pour centre politique et culturel. Entre le XIe et le XIIIe siècle, ce milieu produit un langage architectural propre, fruit de la rencontre entre traditions islamiques persanes, savoir-faire byzantin et arménien, et héritages nomades turcs. L'arrivée des Mongols et les bouleversements du XIIIe siècle marquent le déclin politique du sultanat, mais beaucoup d'œuvres architecturales demeurent et servent de fondations aux développements ultérieurs, notamment ottomans.

Caractéristiques générales

  • Matériaux : pierre taillée et brique, parfois mélangées ; usage fréquent de mosaïques de céramique émaillée (tuiles turquoise et bleu), surtout dans les madrasas et les monuments funéraires.
  • Portails monumentaux : porches profonds souvent encadrés par un pishtaq (encadrement rectangulaire) richement sculpté avec motifs géométriques, épigraphies et muqarnas (stalactites décoratives).
  • Décor : entrelacs géométriques, motifs végétaux stylisés (arabesques), calligraphie en arabe (versets coraniques, inscriptions funéraires et épigraphiques) et, localement, panneaux sculptés figurant animaux ou scènes symboliques.
  • Structures de couverture : coupoles, demi-coupoles et voûtes d'arêtes ; usage de pendentifs et de trompes pour la transition vers des voûtes circulaires.
  • Fonction sociale : architecture liée aux fonctions religieuses (mosquées), éducatives (madrasas), commerciales (hans/caravansérails), sanitaires (bimaristan/maladie) et funéraires (kümbet).

Types de monuments seldjoukides en Anatolie

  • Mosquées : modestes à vastes, souvent organisées autour d'un portail monumental et d'une salle de prière sous coupole ou voûte.
  • Madrasas : établissements d'enseignement théologique et scientifique, ornés de carreaux émaillés, de portails sculptés et d'un décor calligraphique soigné.
  • Caravansérails (hans) : grands complexes routiers destinés aux voyageurs et commerçants, avec cour centrale, salles de stockage, loges et souvent un plan défensif.
  • Kümbets et türbes : tombes monumentales cylindriques ou polygonales, parfois coiffées d'une coupole conique, richement décorées.
  • Hôpitaux (bimaristan) et banias (hammams) : infrastructures sociales témoignant d'un réseau urbain organisé.

Exemples remarquables

  • Konya : Alâeddin Camii (mosquée d'Alâeddin) et de nombreuses madrasas (Karatay, Sırçalı, Ince Minareli) illustrent la diversité des programmes et des décors.
  • Sultan Han (Aksaray) : un des plus grands et mieux conservés caravansérails seldjoukides, sur la route de commerce entre l'Anatolie et l'Orient.
  • Gök Medrese (Sivas) et Çifte Minareli Medrese (Erzurum) : exemples de madrasas avec façades à deux minarets décoratives et riches pavements de céramique.
  • Grande Mosquée et hôpital de Divriği (XIIIe s.) : chef-d'œuvre sculpté, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, célèbre pour ses portails finement ciselés et son programme architectural complexe.

Influences et échanges

La synthèse seldjoukide résulte d'échanges continus :

  • Persanisation : plan et décor des madrasas, emploi systématique de la calligraphie et des carreaux émaillés proviennent en grande partie des ateliers persans.
  • Technique arménienne et byzantine : savoir-faire en maçonnerie, voûtement et façonnage de la pierre, ainsi que l'usage de grands parements sculptés.
  • Traditions turco-nomades : influences formelles (espaces modulaires, usages domestiques) perceptibles dans certains types de bâtiments et dans l'adaptation aux conditions climatiques de l'Anatolie.

Héritage et conservation

Le langage architectural seldjoukide a profondément influencé l'architecture turque ultérieure, en particulier l'architecture ottomane primitive qui reprend portails monumentaux, décor céramique et typologies de madrasas et de mosquées. De nombreux monuments seldjoukides sont protégés, restaurés ou étudiés par des historiens de l'art et des architectes ; certains sites, comme Divriği, bénéficient d'une reconnaissance internationale (UNESCO). La conservation reste néanmoins confrontée à des défis : dégradation climatique, restaurations parfois inappropriées et pressions urbaines.

Conclusion : L'architecture seldjoukide en Anatolie est le produit d'une interaction culturelle riche et complexe. Ses réalisations — portails sculptés, madrasas ornées, caravansérails fonctionnels — témoignent d'une époque de prospérité, d'échanges commerciaux et intellectuels, et forment une étape majeure entre les traditions islamiques orientales et l'architecture ottomane qui suivra.