Le fez (en turc : fes, du nom de la ville marocaine de Fès) et son équivalent, le tarboosh (en arabe : طربوش ṭarbūsh), sont des chapeaux sans bord, traditionnellement fabriqués en feutre ou en tissu et portés serrés sur la tête. Ils sont souvent de couleur rouge et ornés d'un gland ou d'un pompon fixé au sommet, mais existent aussi en d'autres formes et matériaux selon les régions et les usages.

On distingue classiquement deux grands types : le modèle en feutre rouge, de forme conique ou cylindrique à sommet plat, et un modèle plus court en tissu, parfois réalisé dans des étoffes à motifs kilim. Les deux variantes ont été largement diffusées et popularisées pendant la période ottomane, où le couvre-chef est devenu un élément important de l'uniforme militaire et administratif.

Histoire et diffusion

Les origines du fez et du tarboosh remontent aux traditions coiffurales du Maghreb et du Proche-Orient. Le nom « fez » renvoie à la ville de Fès (Maroc), où l'industrie textile était renommée. Le port généralisé du fez s'est accentué avec l'Empire ottoman : au XIXe siècle, dans le cadre des réformes visant à moderniser l'armée et l'administration (période des Tanzimat), les autorités impériales adoptèrent le fez comme couvre-chef officiel pour remplacer ou standardiser les turbans.

Ce choix visait à créer un signe extérieur d'égalité entre les sujet·e·s et à simplifier l'uniforme. Par la suite, le fez devint un symbole identitaire de l'Empire ottoman et se répandit dans de nombreux territoires sous influence ottomane et au-delà. Au XXe siècle, le port du fez a été remis en question par les mouvements de modernisation : en Turquie, la loi sur le chapeau de 1925 (Atatürk) visait à occidentaliser la tenue et entraîna l'abandon officiel du fez. Dans d'autres pays, comme au Maroc, il est resté un élément du costume traditionnel et des cérémonies.

Types et fabrication

  • Fez en feutre : le plus connu, souvent rouge, en forme de cône tronqué ou de cylindre court, fabriqué à partir de feutre de laine compressée. Il peut être rigide ou légèrement malléable selon l'épaisseur du feutre.
  • Tarboosh en tissu : version généralement plus courte, parfois recouverte d'étoffes brodées ou de tissu kilim, employée comme couvre-chef traditionnel dans certaines régions d'Afrique du Nord et du Levant.
  • Variantes cérémonielles : modèles blancs, noirs ou richement décorés pour des usages militaires, religieux ou festifs.

La fabrication implique le moulage du feutre sur une forme, la coupe et la couture, puis la fixation du gland. Des décorations supplémentaires (galons, broderies, insignes) peuvent être ajoutées selon la fonction sociale ou militaire du couvre-chef.

Signification culturelle et symbolique

Le fez a porté des significations multiples et parfois contradictoires : il a symbolisé la modernisation et l'uniformisation au temps de l'Empire ottoman, mais aussi l'appartenance à une culture ou à une région. Sous l'influence coloniale et des réformes nationalistes, il a parfois été perçu comme dépassé ou comme un marqueur d'identité traditionnelle. Aujourd'hui, il conserve une forte valeur patrimoniale et identitaire, présent dans les costumes folkloriques, les reconstitutions historiques et les cérémonies.

Usages contemporains

  • Costumes nationaux et folklore : portés lors de fêtes, mariages, bals folkloriques et spectacles traditionnels.
  • Uniformes cérémoniels : certaines unités militaires, administrations ou associations historiques conservent des fezzes pour les parades et événements.
  • Groupes fraternels et culture populaire : le fez est également utilisé par des ordres fraternels (ex. Shriner aux États-Unis) et apparaît comme accessoire dans le théâtre, le cinéma et la mode rétro.

Entretien et conservation

  • Éviter d'écraser le feutre : conserver la forme sur une forme ou un support adapté.
  • Nettoyage doux : dépoussiérage avec une brosse souple et rafraîchissement à la vapeur si nécessaire ; éviter les lavages agressifs qui déforment le feutre.
  • Protection contre l'humidité et la lumière directe pour prévenir la décoloration et la moisissure.

Le fez et le tarboosh restent des éléments emblématiques du patrimoine vestimentaire de plusieurs régions. Leur histoire croise des questions d'identité, de modernisation et de tradition, ce qui explique l'intérêt continuel qu'ils suscitent dans les domaines historiques, ethnographiques et culturels.