L'incendie de Windscale (aujourd'hui Sellafield) survenu le 10 octobre 1957 fut l'un des plus graves accidents nucléaires du XXe siècle au Royaume‑Uni. Un feu dans le cœur graphite d'un des réacteurs de production de plutonium entraîna le rejet dans l'atmosphère de matières radioactives sur une vaste zone, des lacunes dans l'information publique et une opération de nettoyage longue et coûteuse.

Contexte

Les réacteurs de Windscale (appelés "piles") avaient été construits dans les années 1950 pour produire du plutonium à des fins militaires et civiles. Ces réacteurs étaient refroidis à l'air et modérés au graphite. Des opérations d'entretien destinées à "dégager" l'énergie stockée dans le graphite (effet Wigner) impliquaient le chauffage du cœur, ce qui contribua plus tard au développement du feu.

Déroulement de l'incendie

  • Le 10 octobre 1957, une surchauffe fut constatée dans la pile 1. La surchauffe évolua en combustion du graphite du cœur, un phénomène rare et extrêmement difficile à maîtriser dans ce type d'installation.
  • Les équipes tentèrent plusieurs méthodes pour éteindre l'incendie (refroidissement à l'air, retrait de certains éléments); l'intervention fut délicate en raison du risque d'exposition et du danger d'augmenter la libération de radioactivité.
  • Le feu dura plusieurs jours avant d'être maîtrisé. Pendant ce temps, des rejets atmosphériques se produisirent.

Retombées radioactives et zones touchées

Les rejets comprenaient des isotopes tels que l'iode‑131 (à effet thyroïdien aigu surtout pour les enfants) et le césium‑137 (contamination à plus long terme des sols et des chaînes alimentaires). Des retombées furent détectées sur des centaines de kilomètres, principalement dans le nord‑ouest de l'Angleterre et le pays de Galles. Des restrictions temporaires furent imposées sur la vente de lait et certains produits agricoles locaux ; la contamination des troupeaux de moutons dans les zones montagneuses entraîna des interdictions et des contrôles qui ont perduré pendant des années.

Bilan sanitaire et environnemental

  • Victimes et santé : Les estimations du nombre de décès attribuables à l'accident varient selon les études et les méthodes de calcul. Les estimations contemporaines officielles évoquaient jusqu'à une centaine de décès dus à des cancers induits par la contamination, mais des analyses ultérieures ont produit des évaluations différentes et la question reste sujette à incertitude. L'iode‑131, libéré pendant l'accident, pose un risque particulier de cancer de la thyroïde, surtout chez les enfants exposés via le lait contaminé.
  • Environnement : Outre la contamination initiale des sols et des pâturages, certains isotopes à vie longue comme le césium‑137 ont contribué à une contamination persistante localisée. Les restrictions sanitaires sur la consommation d'aliments d'origine locale et la surveillance des troupeaux ont duré de nombreuses années.

Enquêtes, secret et coûts

À l'époque, des éléments des rejets et des conséquences furent minimisés ou tenus secrets pour des raisons de sécurité nationale et de protection de la filière nucléaire. Ce manque de transparence a suscité des critiques et des enquêtes ultérieures. Le nettoyage et les mesures de confinement furent onéreux : le coût direct et les dépenses associées (compensations, surveillance sanitaire, gestion des terres contaminées) furent élevés — on parle à l'époque de montants de l'ordre de plusieurs dizaines à plus de cent millions de livres, selon les évaluations et suivant si l'on prend en compte l'inflation et les coûts à long terme.

Conséquences et enseignements

  • L'incident a conduit à un renforcement des procédures de sécurité et d'exploitation dans les réacteurs britanniques et dans l'industrie nucléaire en général.
  • Il a mis en lumière la nécessité de la transparence envers le public et de systèmes de surveillance environnementale et sanitaire robustes.
  • Sur le plan institutionnel, l'accident a contribué à des réformes dans l'organisation et la réglementation du nucléaire civil au Royaume‑Uni.

Situation actuelle et héritage

Le site, renommé Sellafield dans les années suivantes, fait l'objet depuis des décennies d'opérations de démantèlement et de gestion des déchets. Certaines cartouches de combustible et matériaux endommagés ont été difficiles à extraire du cœur et leur retrait s'est avéré long et techniquement complexe. La mémoire de l'accident reste importante dans les débats sur la sûreté nucléaire, la gestion des risques et l'information du public.

Remarque : Les bilans chiffrés et les évaluations des conséquences sanitaires varient selon les sources et les méthodes ; l'histoire de Windscale illustre à la fois les risques associés à la production nucléaire précoce et l'évolution des pratiques de sécurité et de transparence depuis les années 1950.