"Sumer Is Icumen In" est une très vieille chanson anglaise qui peut être chantée en rond. C'est le plus ancien exemple connu d'une ronde (ou rota) polyphonique à six voix que nous possédions. Le compositeur demeure inconnu. Le morceau figure dans un manuscrit daté du milieu du XIIIe siècle et copié par un moine, mais il est impossible de dire avec certitude si ce moine en est l'auteur ou s'il a simplement transcrit une mélodie plus ancienne.

Manuscrit et datation

La seule source principale est le manuscrit médiéval conservé à la British Library sous la cote Harley MS 978 (folio 46v), généralement daté autour de 1260. Ce manuscrit montre clairement la pratique musicale religieuse et profane coexistant au même endroit : une pièce de caractère manifestement profane — célébrant l’arrivée de l’été — a été notée dans un recueil monastique.

Structure musicale

La pièce peut être chantée en six parties au total : quatre voix entrent successivement à l'unisson ou en canon sur la même mélodie, tandis que deux voix supplémentaires jouent un rôle d'ostinato appelé pes (pluriel peda) — ce sont des parties répétitives qui servent de basse ou de support harmonique et peuvent être répétées indéfiniment. Le principe d’entrée en imitation fait de cette œuvre un exemple remarquable de polyphonie médiévale et l’une des premières compositions où l’on trouve clairement une construction en canon à plusieurs voix.

Paroles et sens

Le titre signifie littéralement « L'été est arrivé ». Le texte est en moyen-anglais, proche du dialecte du Wessex, et célèbre le renouveau de la nature : chants d’oiseaux, floraison, et l’abondance. La pièce commence par les mots les plus connus en moyen-anglais : Sumer is icumen in, Lhude sing cuccu! — que l'on peut traduire par « L'été arrive, chante fort, coucou ! ». Le reste des couplets évoque la joie des oiseaux, la pousse des herbes et d'autres images rurales propres à la saison.

Notation et reconstitution

La mélodie et les voix sont notées dans une écriture médiévale qui a permis aux musicologues de reconstituer une exécution plausible de la pièce. Les enregistrements modernes et les éditions critiques proposent souvent des versions adaptées à la pratique vocale contemporaine, mais la forme canonique et les deux pes répétitifs demeurent caractéristiques de l’œuvre.

Importance et postérité

"Sumer Is Icumen In" est étudiée comme jalon historique : elle illustre l’évolution de la polyphonie en Europe et constitue une source précieuse pour comprendre les pratiques vocales et la musique profane du XIIIe siècle. Elle est régulièrement interprétée par des ensembles de musique ancienne et figure dans de nombreuses anthologies et enregistrements, souvent sous les noms alternatifs « The Cuckoo Song » ou « Summer Canon ». Sa popularité actuelle témoigne de la vitalité de ce fragment sonore du Moyen Âge.