"La Belle au bois dormant est un conte de fées. Il en existe plusieurs versions, dont "La Belle au bois dormant" de Charles Perrault et "Briar Rose" ou "Little Briar Rose" (allemand : Dornröschen) des frères Grimm. L'histoire raconte généralement la condamnation d'une princesse à un sommeil profond — souvent provoqué par la piqûre d'un fuseau ou d'un distaff — qui s'étend au château entier et se termine par le réveil de la princesse par un prince, parfois après cent ans de sommeil.

Origines et antécédents

Le récit appartient au type international Aarne-Thompson-Uther ATU 410, classant les contes de la princesse endormie. Il s'appuie sur des motifs très anciens : malédiction d'une fée ou d'une sorcière pour n'avoir pas été invitée, la piqûre du fuseau, le sommeil collectif du château, les ronces ou buissons épineux, puis le réveil par un sauveur. Ces éléments se retrouvent dans des versions orales et écrites antérieures au XVIe siècle.

Une source littéraire antérieure souvent citée est le conte italien de Giambattista Basile, Sole, Luna e Talia (Sun, Moon, and Talia), publié dans le Pentamerone au XVIIe siècle (1634). Dans ce récit très ancien, la jeune femme, Talia, s'endort après s'être blessée sur un éclat d'un rouet et subit des péripéties plus violentes que dans les versions modernes ; ce texte illustre la filiation lointaine du thème mais comporte des différences notables.

La version de Charles Perrault

La version de Perrault est apparue pour la première fois vers 1695 dans un manuscrit illustré et, selon certaines mentions, fut publiée par épisodes dans le Mercure galant en 1696 avant d'être incluse officiellement en 1697, à Paris, chez Claude Barbin, dans le recueil Histoires ou contes du temps passé, souvent connu sous le titre Contes de ma mère l'oye. Ce recueil rassemble d'autres contes célèbres comme "Le Petit Chaperon rouge", "Barbe bleue", "Le Chat Botté", ou "Les Diamants et les crapauds".

La version de Perrault comporte, en plus du réveil, une seconde partie peu présente dans d'autres versions : la princesse et le prince se marient, ont des enfants, et le danger revient sous la forme de la mère du prince, représentée comme une ogresse qui tente de dévorer les enfants. Perrault ajoute aussi une conclusion de type moral qui reflète les usages littéraires et moraux de son temps.

La version des frères Grimm

Les frères Grimm ont publié leur version intitulée "Dornröschen" dans le premier volume de leur recueil Children's and Household Tales (en allemand : Kinder- und Haus-Märchen) en 1812. Leur texte est plus bref et plus proche du conte populaire : il met l'accent sur l'image du buisson d'épines (le "briar") qui enveloppe le château et sur le caractère merveilleux et féerique de l'événement. Les frères Grimm suppriment la plupart des développements moraux ou réalistes ajoutés par Perrault.

Principales différences entre Perrault et les Grimm

  • Longueur et additions : Perrault inclut une deuxième partie (mariage, enfants, ogresse), tandis que les Grimm offrent une version plus concentrée sur l'épisode du sommeil et du réveil.
  • Ton : Perrault a un ton littéraire et moralisant compatible avec le salon du XVIIe siècle ; les Grimm cherchent à restituer une tradition orale plus simple et populaire.
  • Détails : le motif exact provoquant le sommeil varie (fuseau, fileuse, distaff, douleur causée par un éclat), et l'image du buisson épineux est particulièrement présente chez les Grimm sous l'appellation "Briar Rose / Dornröschen".

Adaptations et postérité

Le conte a inspiré de nombreuses adaptations dans tous les médias :

  • Une pantomime de James Robinson Planché au XIXe siècle, qui adapta le conte pour la scène théâtrale.
  • Le ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski, The Sleeping Beauty (1890), chorégraphié par Marius Petipa, qui demeure l'une des œuvres les plus célèbres du répertoire classique.
  • Le film d'animation Sleeping Beauty (1959) de Walt Disney, qui popularisa des éléments visuels et des personnages nouveaux (comme la fée Maléfique sous une forme très marquante) et donna des noms comme celui d'Aurore à la princesse.
  • Nombreuses adaptations cinématographiques et littéraires modernes, y compris des réécritures contemporaines, des versions féministes ou subversives qui donnent davantage d'initiative à la princesse, des romans pour jeunes adultes, et des pièces ou opéras.

Significations et lectures contemporaines

Le conte a été interprété de multiples façons : comme mise en garde contre certaines pratiques (le fuseau comme danger), comme métaphore du passage à l'âge adulte, comme récit sur le temps et la restauration (le sommeil et le réveil), ou encore comme symbole de la passivité et des rôles de genre que les critiques contemporains contestent. Les réécritures modernes cherchent souvent à inverser ou complexifier ces thèmes en donnant plus d'agency aux personnages féminins ou en transformant la figure du prince.

En résumé, "La Belle au bois dormant" est un récit aux racines anciennes, enrichi et transformé par des auteurs comme Perrault et les frères Grimm, qui a donné lieu à une immense postérité artistique et à des interprétations variées selon les époques.