Selon la Bible, le Sermon sur la Montagne est un long discours que Jésus de Nazareth a prononcé devant ses disciples et une grande foule vers l'an 30 de notre ère. Le récit principal se trouve dans l'Évangile selon Matthieu (chapitres 5 à 7) ; une version plus courte et condensée apparaît dans l'Évangile selon Luc (6, souvent appelée le "Sermon sur la Plaine"). La partie la plus connue du discours est celle des Béatitudes, située au début, et le Sermon contient également la prière que la tradition appelle le Notre Père (Matthieu 6:9-13). Parmi d'autres formules célèbres on trouve : « tends l'autre joue », « sel de la terre », « lumière du monde », et « ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés ». Ces expressions ont profondément marqué la théologie, l'éthique chrétienne et la culture occidentale.
Contexte historique et littéraire
Les évangiles synoptiques situent ce discours en Galilée, probablement sur les rives de la mer de Galilée ; la tradition chrétienne localise souvent l'enseignement au lieu appelé aujourd'hui la Colline des Béatitudes (près de Tabgha). Les spécialistes débattent de la forme exacte, de la date et de la situation historique : il s'agit d'un texte théologique visant à présenter l'enseignement moral et spirituel de Jésus plutôt qu'un compte rendu littéral et exhaustif d'un acte public. Matthieu développe un discours plus structuré et plus long que Luc, qui propose une version plus brève et plus sociale.
Contenu principal
Le Sermon sur la Montagne couvre un large éventail d'enseignements pratiques et spirituels. On peut le résumer en plusieurs thèmes centraux :
- Les Béatitudes (Matthieu 5:3-12) : une série de promesses de bonheur pour les personnes humbles, affligées, et cherchant la justice ; elles inversent souvent les valeurs sociales dominantes et annoncent la bienveillance de Dieu pour les marginalisés.
- La relation à la Loi : Jésus affirme ne pas abolir la Loi (les Dix Commandements) mais l'accomplir, en en révélant la portée intérieure — par exemple, la colère équivalant à l'homicide, le désir à l'adultère — et en demandant une justice surpassant celle des scribes et pharisiens.
- Éthique du quotidien : enseignements sur le pardon, la non-riposte (« tends l'autre joue »), l'amour des ennemis, la miséricorde, la sincérité dans les œuvres de piété (aumône, prière, jeûne), et la priorité des biens spirituels (« ne vous amassez pas des trésors sur la terre »).
- Le Notre Père (Matthieu 6:9-13) : modèle de prière commun dans le christianisme, qui contient des demandes pour le nom de Dieu, le pain quotidien, le pardon et la protection contre la tentation.
- Conseils pratiques et paraboles : avertissements contre l'hypocrisie, le jugement des autres (« ne jugez pas »), l'importance de la persévérance dans la prière (« demandez, cherchez, frappez »), et la parabole des deux maisons (fondation sur le roc vs sur le sable) pour illustrer la valeur d'une obéissance mise en pratique.
Les Béatitudes : forme et signification
Les Béatitudes ouvrent le Sermon et énoncent une série de bénédictions sur des attitudes et des situations humaines souvent considérées comme faibles. Elles prescrivent des vertus intérieures (humilité, miséricorde, pureté de cœur) et annoncent la récompense divine (consolation, héritage, vision de Dieu). Matthieu présente une liste plus développée que Luc : Matthieu contient traditionnellement huit (ou neuf selon la manière de compter) béatitudes, tandis que Luc propose quatre bénédictions accompagnées de quatre "malédictions". Les Béatitudes ont été interprétées comme le portrait du disciple idéal et comme un appel à transformer la société selon des critères de justice et d'amour.
Relation avec les Dix Commandements
De nombreux chrétiens considèrent le Sermon sur la Montagne comme complémentaire aux Dix Commandements : là où les commandements posent des interdits et des obligations extérieurs, le Sermon insiste sur l'intention et la conversion intérieure. Jésus reprend et approfondit la Loi, demandant une justice du cœur et non seulement une observance extérieure. Pour cette raison, certains voient dans le Sermon une forme de "code de vie" évangélique, analogue mais plus radical que les tables mosaïques.
Interprétations et portée théologique
Les interprétations du Sermon varient selon les traditions chrétiennes :
- Chez les catholiques, il est souvent lu comme un enseignement sur les béatitudes et les vertus chrétiennes, à inscrire dans la vie sacramentelle et sociale.
- Chez les protestants, il est fréquemment présenté comme le cœur de l'éthique du Royaume de Dieu et comme l'appel radical au discipleage.
- Certains mouvements chrétiens insistent sur une lecture sociale et politique, voyant dans le Sermon un programme de justice et de solidarité.
- Dans les études historiques et critiques, on met l'accent sur la composition littéraire, les sources communes entre Matthieu et Luc, et la visée pastorale du discours.
Influence et actualité
Le Sermon sur la Montagne a exercé une influence considérable sur la morale occidentale, la pensée éthique et la littérature religieuse. Des expressions comme « l'amour du prochain », « le pardon », ou « la règle d'or » (« tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux ») sont devenues des repères moraux partagés au-delà des frontières confessionnelles. Dans la vie liturgique, le texte est souvent lu et médité ; il inspire des engagements de solidarité, des réflexions sur la non-violence et des discussions sur la mise en œuvre de l'éthique évangélique dans la société contemporaine.
En résumé, le Sermon sur la Montagne est à la fois un sommet moral de la prédication de Jésus et un texte fondateur pour comprendre la spiritualité chrétienne : il articule une exigence intérieure profonde, des normes de comportement concret et une vision d'un monde transformé par la justice et l'amour.