Le Pentateuque samaritain, ou Torah samaritaine, est la version de la Torah (les cinq premiers livres de Moïse) utilisée par la communauté samaritaine. Les Samaritains reconnaissent uniquement ce Pentateuque comme Écriture sacrée et l’emploient pour leur culte, leur droit coutumier et leur identité religieuse. La tradition interne place la formation de cette version au plus tard autour du IIe siècle av. J.-C., période marquée par la séparation religieuse d’avec la communauté juive liée au Temple de Jérusalem.
Histoire et datation
La genèse précise du Pentateuque samaritain fait l’objet de débats entre la tradition samaritaine et la recherche moderne. Les Samaritains attribuent l’origine de leur rouleau sacré à des périodes très anciennes et à des figures bibliques; la tradition entourant le Rouleau d'Abisha en est un exemple. Les spécialistes, quant à eux, estiment que la forme définitive de ce texte s’est consolidée entre le dernier tiers du IIe siècle av. J.-C. et les premiers siècles de l’ère commune, bien que des éléments plus anciens puissent s’y retrouver.
Plusieurs manuscrits médiévaux subsistent, et les études paléographiques et linguistiques montrent que les copies que nous possédons datent souvent du haut Moyen Âge ou d’époques plus récentes, même si la tradition liturgique maintient une continuité textuelle au sein de la communauté.
Caractéristiques linguistiques et scripturaires
Le texte est rédigé en hébreu, mais il est transmis dans l’alphabet samaritain (une variante du vieil alphabet hébraïque/paléo-hébraïque) et il possède sa propre tradition de prononciation et de cantillation. La graphie, l’orthographe et certaines formes grammaticales diffèrent parfois du texte hébreu massorétique utilisé par la majorité juive.
Principales différences avec le texte massorétique et la Septante
Le Pentateuque samaritain présente un grand nombre de variantes par rapport au texte massorétique (la base du texte biblique hébreu moderne) et par rapport aux lectures de la Septante (la traduction grecque ancienne). Ces différences sont de plusieurs ordres :
- Variantes orthographiques et lexicales : différences de mots, d’orthographe ou d’ajouts/omissions littéraux qui n’affectent pas toujours le sens général.
- Différences de généalogie et de chiffres : les âges et durées indiqués dans les listes généalogiques peuvent varier par rapport au texte massorétique.
- Lectures théologiques et cultuelles : l’un des traits les plus significatifs est l’affirmation explicite que le lieu choisi pour le culte est le mont Garizim (ou Mont Gerizim). Certaines formulations du texte samaritan renforcent ou modifient l’importance de ce lieu par rapport à Jérusalem, ce qui reflète la rivalité religieuse ancienne entre Samaritains et Judéens.
- Variantes légales : certaines formulations de lois et commandements diffèrent, et certaines lectures samaritanes ont été interprétées comme modifiant des prescriptions relatives au mariage, au culte ou à d’autres pratiques. (Voir par exemple les discussions autour de Lévitique 18:18 et d’autres passages où les versions divergent.)
Il est important de noter que certaines variantes samaritanes sont aussi attestées, indépendamment, dans des manuscrits découverts parmi les rouleaux de la mer Morte, ce qui montre l’existence de familles textuelles multiples dans l’Antiquité.
Manuscrits, le Rouleau d'Abisha et datation
Le Rouleau d'Abisha est un manuscrit particulièrement vénéré par les Samaritains et conservé dans la synagogue de Naplouse (Naplouse est le nom arabe de l’antique Sichem). La tradition attribue ce rouleau à Abishua, arrière-petit-fils d’Aaron, et le situe très tôt dans l’histoire israélite. Les études modernes montrent cependant que le parchemin actuel contient des parties copiées à différentes époques; les analyses paléographiques et matérielles indiquent que les manuscrits les plus anciens que l’on possède physiquement datent généralement du Moyen Âge (par exemple du XIIe siècle de notre ère pour certains exemplaires).
Cependant, la présence de lectures samaritanes dans des fragments beaucoup plus anciens (parmi les manuscrits de la mer Morte) confirme qu’une tradition textuelle samaritaine existait déjà avant le Moyen Âge, même si les copies survécues sont plus tardives.
Importance pour la recherche
Le Pentateuque samaritain est une source essentielle pour la critique textuelle biblique :
- il aide à reconstituer l’histoire de la transmission du texte hébreu avant la fixation massorétique ;
- il offre un témoin indépendant pour comparer le texte massorétique et la Septante et ainsi mieux comprendre les variantes anciennes ;
- il éclaire les différences religieuses et communautaires entre Samaritains et Judéens (choix du lieu du culte, canon religieux limité au Pentateuque, etc.).
Usage liturgique et situation actuelle
Aujourd’hui, la petite communauté samaritaine (quelques centaines de fidèles répartis principalement entre Naplouse et Holon en Israël) continue d’utiliser le Pentateuque samaritaine pour la liturgie et les cérémonies religieuses. Les pèlerinages et sacrifices traditionnels liés à la fête de Pâque, qui se tiennent sur le mont Gerizim, illustrent l’importance continue de ce texte pour l’identité samaritaine.
En somme, le Pentateuque samaritain est à la fois un texte liturgique vivant et un témoin précieux pour les études historiques et textuelles de la Bible. Ses particularités — scripturaires, linguistiques et théologiques — témoignent d’une tradition ancienne et distincte, dont l’étude enrichit notre compréhension de la diversité religieuse et textuelle du monde ancien hébraïque.

