Le Parti travailliste social-démocrate russe (RSDLP) était un parti politique russe fondé à la fin du XIXe siècle qui rassemblait des courants marxistes et socialistes.
Contexte et fondation
Le RSDLP a été créé lors du premier congrès de 1898 (réuni à Minsk). Son programme s'appuyait sur le marxisme : la théorie de la lutte des classes et l'objectif d'une société socialiste. Le parti visait à organiser le mouvement ouvrier, à lutter contre l'autocratie tsariste et à préparer une transformation révolutionnaire de la société.
Étant donné la répression de l'Empire russe, le parti fonctionnait en grande partie de manière clandestine : il organisait des réunions secrètes, coordonnait des grèves et publiait une presse illégale (parmi les publications influentes figure Iskra, créée autour de 1900 par des militants marxistes).
La scission de 1903 : mencheviks et bolcheviks
Au deuxième congrès du RSDLP (1903, tenu à Bruxelles puis Londres) apparut une rupture durable entre deux tendances :
- Les mencheviks (de menshinstvo, « minorité ») défendaient une organisation de parti plus large et moins centralisée, ouverte aux alliances avec d'autres forces démocratiques et à une voie plus graduelle vers le socialisme. Parmi leurs chefs : Yuliy (Julius) Martov, Pavel Axelrod et Aleksandr Potresov. Georgi Plekhanov, figure majeure du marxisme russe, se rangea finalement du côté menchevik.
- Les bolcheviks (de bol'shinstvo, « majorité ») prônaient la formation d'un parti d'avant-garde discipliné et centralisé, capable de diriger une insurrection prolétarienne. Leur principal leader était Vladimir Lénine ; d'autres militants clés du courant bolchevique devinrent par la suite des dirigeants de la Révolution d'Octobre et de l'État soviétique (parmi eux, des personnalités comme Joseph Staline et, plus tard, Léon Trotski pour son rôle après 1917).
Actions, répression et rôle dans les révolutions
Le RSDLP participa aux grandes mobilisations ouvrières et politiques des premières décennies du XXe siècle, notamment lors de la révolution de 1905 qui affaiblit temporairement l'autocratie tsariste. Les membres étaient fréquemment arrêtés, exilés ou condamnés aux travaux forcés en Sibérie.
Après la révolution de février 1917 (abattant le régime tsariste), le paysage politique évolua rapidement. Les bolcheviks, sous la direction de Lénine, prônèrent la prise du pouvoir et l'éclatement du gouvernement provisoire. En avril 1917 et surtout à partir de l'automne, la majorité des bolcheviks soutint l'insurrection d'octobre 1917 qui aboutit à la prise du pouvoir à Petrograd.
Transformation en parti communiste et répression des oppositions
Après la révolution, la fraction bolchevique du RSDLP s'organisa en parti distinct : le RSDLP(b) (le « b » pour bolchevique). En 1918 ce mouvement prit officiellement le nom de Parti communiste (Parti communiste russe (bolcheviks)), amorçant la constitution d'un parti d'État.
Durant la guerre civile (1917–1922) et dans les premières années du pouvoir soviétique, les autorités bolcheviques réprimèrent progressivement les autres formations socialistes, y compris les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires. Certains sociaux-démocrates rejoignirent les communistes, d'autres s'exilèrent, et de nombreux militants furent emprisonnés, internés ou condamnés pour « activités contre-révolutionnaires ».
Héritage
Le RSDLP est important pour l'histoire russe car il a structuré le mouvement ouvrier marxiste et préparé les cadres qui allaient diriger la révolution bolchevique et l'État soviétique. Sa scission a aussi illustré des débats permanents à gauche sur la nature du parti révolutionnaire, la stratégie et les relations avec d'autres classes sociales — débats qui ont marqué le XXe siècle européen et mondial.