Le mouvement populiste, également connu sous le nom de Parti du peuple, fut un important mouvement politique et social de la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Il est né de groupes ruraux organisés comme le mouvement Grange et, surtout, des Farmers' Alliances, au moment où de nombreux cultivateurs se trouvaient dans une situation économique très difficile : chute des prix agricoles, endettement généralisé, taux élevés pratiqués par les compagnies de chemin de fer et par les prêteurs, ainsi qu'un accès limité au crédit. Ces conditions ont poussé les fermiers à s'organiser et à réclamer des réformes structurelles contre ce qu'ils considéraient comme le pouvoir excessif des grandes entreprises et des intérêts financiers.

Les leaders du mouvement comprenaient notamment des figures comme James B. Weaver (candidat présidentiel du Parti du peuple en 1892), Thomas E. Watson et des orateurs comme Mary Elizabeth Lease. William Jennings Bryan, bien que membre du Parti démocrate, fut également proche des idées populistes et reçut le soutien des populistes lors de l'élection de 1896. Le moment politique le plus marquant du mouvement fut la convention d'Omaha de 1892, où la "Plate-forme d'Omaha" fut adoptée comme programme officiel du Parti du peuple.

La Plate-forme d'Omaha proposait une série de mesures destinées à soulager la condition des agriculteurs et à réduire l'influence des monopoles. Parmi les revendications phares figuraient :

  • Un impôt sur le revenu progressif pour mieux répartir la charge fiscale
  • Élection directe des sénateurs des États-Unis (principe qui sera inscrit plus tard dans le 17e amendement, 1913)
  • Monnaie d'argent gratuite — coinage illimité de l'argent et de l'or au taux de 16 onces d'argent pour une once d'or — pour accroître la quantité de monnaie et lutter contre la déflation
  • Propriété publique ou contrôle public des chemins de fer, télégraphes et téléphones afin d'empêcher les abus des monopoles de transport et de communication
  • Création d'un système de "subtreasury" (entrepôts gouvernementaux) pour permettre aux fermiers de stocker leurs récoltes et d'obtenir des prêts garantis à faible taux
  • Mesures en faveur des travailleurs : réduction de la journée de travail, soutien à l'organisation syndicale et protection contre les trusts
  • Introduction d'instruments de démocratie directe comme l'initiative, le référendum et la révocation des élus
  • Réformes visant à faciliter l'accès au crédit et à limiter la spéculation foncière et financière

Sur le plan électoral, le Parti du peuple obtint des succès locaux et régionaux et remporta certaines voix au niveau national : en 1892, son candidat James B. Weaver recueillit un pourcentage significatif du vote populaire et remporta des électeurs au Collège électoral. Néanmoins, le parti peina à s'imposer durablement comme force nationale. Plusieurs facteurs expliquent son déclin : la fusion électorale avec le Parti démocrate en 1896 autour de William Jennings Bryan (qui divisa les partisans), la répression politique, les tensions raciales, ainsi que l'amélioration partielle des conditions économiques à la fin du siècle.

Beaucoup des idées défendues par les populistes furent ensuite reprises et mises en œuvre sous d'autres formes par le mouvement progressiste et par des réformes du début du XXe siècle. Parmi les héritages concrets du populisme figurent l'adoption ultérieure de l'impôt sur le revenu progressif (16e amendement, 1913), l'élection directe des sénateurs (17e amendement, 1913), ainsi que des progrès dans la régulation des grandes entreprises et des chemins de fer. Le mouvement reste étudié comme un moment clé de l'histoire politique américaine, illustrant les réactions populaires face aux transformations économiques et à la concentration du pouvoir économique.

Le bilan du populisme est ambivalent : il a contribué à faire entrer dans le débat public des réformes sociales et économiques majeures, mais il a aussi révélé les limites des coalitions politiques de l'époque, en particulier dans le contexte des tensions raciales du Sud et de la polarisation entre villes et campagnes.