Le phototropisme est une croissance dirigée en réponse à un stimulus lumineux : la plante se développe vers (ou, plus rarement, à l'opposé) de la lumière. Le phototropisme est très courant chez les végétaux (pousses, coléoptiles, tiges) et peut aussi se rencontrer chez d'autres organismes photosensibles tels que certains champignons, algues ou bactéries. Chez les plantes supérieures, les cellules situées du côté le moins exposé à la lumière reçoivent une concentration plus élevée d'une hormone de croissance végétale appelée auxine, ce qui provoque un allongement cellulaire asymétrique et donc la courbure de l'organe. Cette hormone fait que la plante a des cellules allongées du côté le plus éloigné de la lumière.
Le phototropisme est l'un des nombreux tropismes — mouvements dirigés des organes végétaux en réponse à des stimuli extérieurs. On distingue :
- le phototropisme positif : croissance vers la source lumineuse (fréquent chez les pousses et hypocotyles) ;
- le phototropisme négatif : croissance à l'écart de la lumière (observé chez certaines racines ou vrilles recherchant des supports sombres).
La plupart des pousses présentent un phototropisme positif ; les racines, elles, montrent souvent un phototropisme négatif, mais leur orientation est fortement influencée par le gravitropisme (réponse à la gravité) qui peut dominer le comportement racinaire.
Mécanisme physiologique et moléculaire
La compréhension du phototropisme repose sur deux grands éléments : la perception de la lumière et la redistribution de l'auxine qui induit une croissance différentielle.
Perception de la lumière : chez les plantes comme Arabidopsis thaliana, les récepteurs principaux du phototropisme sont des photorécepteurs sensibles à la lumière bleue appelés phototropines (phot1 et phot2). Ces protéines membranaires possèdent des domaines LOV sensibles au bleu ; à l'absorption de photons, elles subissent une autophosphorylation et déclenchent une cascade de signalisation impliquant des protéines telles que NPH3 et RPT2. D'autres photorécepteurs existent : les phytochromes détectent la lumière rouge et les cryptochromes la lumière bleue/UV-A, et ils peuvent moduler ou croiser la signalisation phototropique selon le contexte lumineux.
Redistribution de l'auxine : l'hormone indole-3-acétique (IAA, type d'auxine) est transportée de manière polarisée dans la plante grâce à des transporteurs membranaires (familles PIN, AUX1/LAX, ABCB/PGP). L'exposition unilatérale à la lumière provoque une rélocalisation des transporteurs PIN (par exemple PIN3) vers le côté ombragé, entraînant une accumulation d'auxine sur ce côté. Cette asymétrie d'auxine explique l'allongement plus important des cellules du côté obscur et donc la courbure vers la lumière. Ce modèle d'action hormonale pour expliquer la phototropie a été formulé dès le milieu du XXe siècle (hypothèse de Cholodny–Went) et validé par de nombreuses expériences modernes.
Allongement cellulaire : l'auxine favorise l'élongation cellulaire via plusieurs mécanismes coordonnés — activation des pompes H+ (H+-ATPases) de la membrane plasmique, acidification de la paroi cellulaire, activation d'enzymes et de protéines de défaisance de la matrice (expansines) qui assouplissent la paroi, permettant ensuite l'entrée d'eau et l'expansion cellulaire. Dans les racines, l'auxine peut avoir l'effet inverse (inhibition de l'élongation), d'où des réponses opposées chez racines et pousses.
Preuves expérimentales et découvertes historiques
Des expériences classiques ont permis d'identifier où la lumière est perçue et quelle est la nature du signal :
- Charles Darwin et son fils ont montré que l'extrémité des coléoptiles percevait la lumière et que la courbure se produisait en dessous de la zone apicale.
- Les expériences de Boysen-Jensen (avec des barrières perméables/imperméables sous le sommet) ont indiqué qu'un signal chimique diffusible provenant de l'apex (et non la lumière elle-même) contrôlait la courbure ; ce signal fut ensuite identifié comme l'auxine.
Variantes et spécificités
- Différences selon l'organe : coléoptiles, tiges et hypocotyles répondent fortement au bleu ; les racines, en revanche, présentent souvent une sensibilité moindre au phototropisme et une réponse inversée à l'auxine.
- Phototropisme négatif : observé chez certaines vrilles ou sarments qui cherchent des supports sombres, facilitant l'escalade d'objets solides.
- Rôles complémentaires : le phototropisme s'intègre avec d'autres réponses (gravitropisme, héliotropisme journalier, photomorphogenèse) pour déterminer l'architecture finale de la plante.
Aspects cellulaires et moléculaires complémentaires
Outre les phototropines et les transporteurs d'auxine, la signalisation implique des seconds messagers (Ca2+, ROS), des kinases/phosphatases, et des modifications de l'organisation du cytosquelette (microtubules) qui influencent la polarité des transporteurs et la croissance cellulaire. Les mécanismes moléculaires précis varient selon l'espèce, le type cellulaire et l'intensité/spectre de la lumière.
Intérêt écologique et applications
Le phototropisme permet aux plantes d'optimiser la capture de la lumière pour la photosynthèse, d'orienter leurs feuilles et tiges vers des conditions lumineuses favorables, et d'adapter leur architecture dans des milieux concurrencés. En horticulture et en culture sous éclairage artificiel, la compréhension du phototropisme guide la gestion de l'éclairage (direction, intensité, spectre) pour obtenir une croissance uniforme et contrôler la forme des plantes.
Exemples chez d'autres organismes
Chez les champignons et certaines algues, le phototropisme existe mais repose sur des photorécepteurs différents (p. ex. flavoprotéines, rhodopsines) et des mécanismes d'orientation propres à chaque groupe.
En résumé, le phototropisme est une réponse adaptative complexe faisant intervenir la perception de la lumière (principalement le bleu via les phototropines), la redistribution polarisée de l'auxine par des transporteurs membranaires, et des mécanismes d'allongement cellulaire qui conduisent à la courbure de l'organe vers la source lumineuse. Ces processus sont modulés selon l'organe, l'espèce et le contexte environnemental.


