Le Mouvement des non-alignés (MNA) est une organisation intergouvernementale née au cours de la guerre froide pour rassembler des États refusant de s'aligner officiellement sur l'un des grands blocs idéologiques et militaires. Fondé à Belgrade en 1961, le mouvement s'est voulu une plate-forme collective des pays dits du « Sud » pour défendre leur souveraineté, promouvoir la décolonisation et résister aux pressions des grandes puissances. En 2018, le MNA comptait environ 125 membres et 25 observateurs, et ses membres représentent près des deux tiers des États membres de l'ONU et environ 55 % de la population mondiale.

Origines et développement

Le MNA trouve ses racines dans la conférence asiatique‑africaine de Bandung (1955) et dans la volonté de dirigeants tels que Josip Broz Tito (Yougoslavie), Jawaharlal Nehru (Inde), Gamal Abdel Nasser (Égypte), Kwame Nkrumah (Ghana) et Sukarno (Indonésie). Ces chefs d'État ont participé à l'acte de naissance du mouvement à Belgrade et ont établi les principes d'une politique indépendante vis‑à‑vis du bloc occidental et du bloc soviétique. Au fil des décennies, le mouvement a organisé des sommets et des conférences ministérielles pour coordonner des positions communes sur la décolonisation, le développement économique et la défense du droit international.

Principes et objectifs

Le non‑alignement repose sur plusieurs principes centraux : respect de la souveraineté nationale, intégrité territoriale, non‑ingérence, égalité entre États et lutte contre le colonialisme, le néocolonialisme et l'hégémonie étrangère. La Déclaration de La Havane (1979) a réaffirmé ces objectifs en insistant sur le rôle du mouvement pour protéger l'indépendance des pays membres face aux pressions extérieures. Progressivement, les préoccupations se sont élargies au développement économique, à la coopération Sud‑Sud et à la défense d'un ordre international multipolaire.

Structure et fonctionnement

Le MNA n'est pas une alliance militaire ni une organisation dotée d'une structure hiérarchique rigide. Il fonctionne plutôt comme un forum politique souple : conférences et sommets périodiques, réunions ministérielles, groupes de travail thématiques et un bureau de coordination qui prépare les décisions entre sommets. La présidence est généralement assurée par le pays hôte du dernier sommet, ce qui donne une dimension rotative et symbolique à la direction du mouvement.

Importance et limites

Durant la guerre froide, le MNA a permis à de nombreux pays de préserver une marge d'autonomie diplomatique et de peser collectivement dans les discussions internationales sur la décolonisation et le développement. Après la disparition de la bipolarité, le mouvement a dû repenser son rôle : certains l'ont considéré comme moins pertinent, d'autres y voient un instrument pour défendre les intérêts des pays en développement face aux institutions internationales et aux nouvelles formes d'influence économique. Le MNA est confronté à des défis récurrents : diversité des intérêts nationaux, absence d'appareillage contraignant et tentatives d'influence par des puissances extérieures.

Distinctions et faits notables

  • Le non‑alignement diffère de la neutralité : il s'agit d'une posture politique d'indépendance, pas nécessairement d'une abstention totale dans toutes les affaires internationales.
  • Le mouvement réunit majoritairement des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, mais n'exclut pas des États de différentes régions.
  • Le MNA demeure un espace de dialogue pour promouvoir la réforme des institutions internationales, la coopération Sud‑Sud et la voix collective des pays en développement.