Un travailleur migrant est une personne qui se déplace d’un lieu de résidence vers un autre, parfois à l’étranger, pour y exercer une activité rémunérée, que ce déplacement soit temporaire ou durable, régulier ou saisonnier. Dans l’usage international, ce terme recoupe souvent celui de « travailleur étranger » ; aux États‑Unis il est parfois employé au sens large pour décrire les personnes qui se déplacent fréquemment pour trouver du travail ou, plus spécifiquement, celles qui effectuent des travaux manuels à faible salaire dans l’agriculture.

Typologies de travailleurs migrants

On distingue plusieurs catégories :

  • Travailleurs temporaires (ex. saisonniers, postes pour quelques mois) ;
  • Travailleurs migrants saisonniers (ex. programmes agricoles) ;
  • Travailleurs migrants permanents ou de long séjour qui débarquent avec l’intention de s’installer ;
  • Expatriés, souvent salariés envoyés par une entreprise et bénéficiant de conditions différentes ;
  • Travailleurs en situation irrégulière, sans statut juridique régulier dans le pays d’emploi.

Droits et instruments internationaux

Les travailleurs migrants sont protégés par plusieurs instruments internationaux. L’Organisation internationale du travail (OIT) élabore des normes et fournit une assistance technique pour améliorer les conditions de travail des migrants. En 1990, l’ONU a adopté la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles, visant à garantir des droits fondamentaux. Toutefois, tous les États ne l'ont pas ratifiée, et l’application effective dépend largement du droit national.

Les droits fondamentaux revendiqués pour les travailleurs migrants comprennent, en général :

  • le droit à des conditions de travail sûres et salubres ;
  • le droit à un salaire minimum conforme à la législation locale ;
  • l’égalité de traitement et la non‑discrimination ;
  • l’accès aux soins de santé et, selon les pays, à certaines prestations sociales ;
  • la liberté d’adhérer à un syndicat et de négocier collectivement ;
  • la protection contre l’exploitation, le travail forcé et la traite des personnes.

Risques et conditions de vie

De nombreux travailleurs migrants vivent et travaillent dans des conditions précaires : logements surpeuplés, salaires inférieurs aux normes, absence de contrats écrits, menaces d’expulsion en cas de contrôle d’immigration, etc. Ces vulnérabilités peuvent conduire à des abus, particulièrement pour les migrants en situation irrégulière ou liés à un employeur par un permis de travail spécifique.

Le cas du Canada : définitions, programmes et protections

Au Canada, on parle couramment de « travailleurs étrangers » (et plus précisément de travailleurs étrangers temporaires) pour désigner les personnes embauchées pour combler des besoins de main‑d’œuvre temporaires ou à court terme. Le principal mécanisme pour l’embauche de travailleurs étrangers temporaires est le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

Principaux éléments du dispositif canadien :

  • Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) — anciennement LMIA : dans de nombreux cas, l’employeur doit démontrer qu’il a cherché et n’a pas trouvé de travailleurs canadiens ou résidents permanents qualifiés avant d’obtenir l’autorisation d’embaucher un travailleur étranger ;
  • Permis de travail lié à un employeur : autorise le travail pour un employeur spécifique, souvent pour une durée limitée ;
  • Permis de travail ouvert : permet de travailler pour n’importe quel employeur au Canada (ex. permis de conjoint, permis post‑diplôme, permis de pont en attendant la résidence permanente) ;
  • Programmes sectoriels : ex. Programme des travailleurs agricoles saisonniers (SAWP), flux agricoles du PTET ;
  • International Mobility Program (IMP) : permet l’embauche sans EIMT pour certaines catégories (accords internationaux, travailleurs transférés intra‑entreprise, etc.).

Les employeurs qui recourent au PTET doivent respecter des obligations — offrir des conditions de travail conformes à la loi, fournir des informations précises aux travailleurs, et parfois offrir un logement adéquat. L’État impose des sanctions en cas de non‑respect.

Voies vers la résidence permanente

Certains travailleurs temporaires peuvent, après avoir acquis une expérience de travail au Canada, devenir admissibles à la résidence permanente. Les principaux parcours incluent :

  • Catégorie de l’expérience canadienne (CEC) — destinée aux personnes ayant une expérience de travail qualifiée au Canada ;
  • Programme des candidats des provinces (PNP) — les provinces peuvent désigner des travailleurs pour la résidence permanente selon leurs besoins économiques ;
  • Système Entrée express — centralise les candidatures pour la CEC et d’autres catégories ; des tirages ciblés peuvent être organisés (par exemple, pendant la pandémie, des tirages spécifiquement orientés vers des candidats ayant une expérience canadienne) [2].

Selon le gouvernement canadien, ces voies existent pour permettre aux travailleurs dont les compétences sont en demande et qui se sont bien adaptés au Canada de construire un avenir dans le pays. Le PTET permet aussi parfois d’embaucher des travailleurs qui se trouvent déjà au Canada — par exemple des titulaires de permis de travail ouverts ou des candidats sur le point d’accepter un contrat avec un autre employeur.

Contexte démographique : le Canada fait face à un déficit de main‑d’œuvre important lié à la baisse du taux de natalité et au départ à la retraite d’un grand nombre de travailleurs. L’immigration est considérée comme une réponse majeure pour combler ce déficit et soutenir la croissance économique.

Données et évolution

Exemples historiques : alors que plus de 192 000 travailleurs étrangers temporaires sont venus au Canada en 2011, environ 29 000 travailleurs étrangers ont finalement obtenu la résidence permanente cette année‑là[3]. Les politiques et les flux évoluent en fonction des besoins du marché, des priorités gouvernementales et de circonstances exceptionnelles (ex. mesures COVID‑19) [2].

Protections pratiques et conseils

Pour limiter les risques d’exploitation et garantir le respect des droits :

  • Pour les travailleurs : conserver copie de tous les documents (contrat de travail, permis, passeport), connaître ses droits en matière de salaire, heures et sécurité; contacter les services d’aide aux migrants, les syndicats, les consulats ou les organismes communautaires en cas de problème ; éviter les prête‑noms et les prêts abusifs liés à l’emploi ;
  • Pour les employeurs : respecter la législation du travail et les conditions du permis, offrir des conditions d’hébergement sûres et dignes, s’assurer que les contrats sont clairs et traduits si besoin ;
  • Pour les décideurs et acteurs sociaux : renforcer l’accès à l’information dans la langue du travailleur, faciliter l’accès aux services de santé et juridiques, promouvoir des mécanismes de signalement accessibles.

Conclusion

Les travailleurs migrants contribuent significativement aux économies locales et nationales, mais restent souvent exposés à des risques spécifiques. Les instruments internationaux et la réglementation nationale (comme les programmes canadiens PTET, CEC ou PNP) offrent des cadres de protection et des voies d’intégration. Dans la pratique, la qualité de la protection dépend de l’application des lois, de la vigilance des autorités et de la disponibilité d’un soutien adapté pour les travailleurs.

Sources et références citées dans le texte : [1], [2], [3].