Décision landmark (ou décision de justice landmark) désigne un arrêt ou une décision qui crée un précédent nouveau et important, qui instaure un principe juridique inédit ou qui modifie sensiblement l'interprétation d'une règle existante. Dans les pays de common law, on parle aussi d'une décision phare ou d'un landmark decision en anglais. Une telle décision est généralement considérée comme réglant, au moins temporairement, le droit applicable à la question traitée.

On emploie parfois l'expression décision de référence pour insister sur l'importance doctrinale d'une affaire : c'est « une affaire très importante qui a établi une règle dans un domaine précis », souvent en référence à une décision d'une haute juridiction comme la Cour suprême. La portée d'une décision historique peut être durable ou limitée dans le temps : des évolutions politiques, sociales ou législatives peuvent en atténuer les effets, et une juridiction ultérieure peut la restreindre ou l'annuler.

Plusieurs critères permettent généralement de reconnaître une décision comme « phare » :

  • elle établit ou clarifie un principe juridique nouveau ;
  • elle renverse un précédent important ;
  • elle interprète la constitution ou une norme fondamentale de manière décisive ;
  • ses conséquences dépassent le cas d'espèce et affectent un grand nombre de personnes ou d'acteurs ;
  • elle suscite un débat public ou politique important.

Le régime des précédents varie selon les systèmes juridiques. Dans les pays de common law (Royaume‑Uni, États‑Unis, pays du Commonwealth), les décisions des juridictions supérieures ont une force contraignante ou fortement persuasive pour les tribunaux inférieurs. Dans les systèmes de droit civil (France, Allemagne, etc.), la jurisprudence n'a pas la même autorité formelle, mais les arrêts de haute instance influencent néanmoins fortement l'interprétation et l'application du droit.

Un exemple classique de décision historique aux États‑Unis est Marbury v. Madison (1803). Dans cet arrêt, la Cour suprême s'est attribué le pouvoir d'exercer le contrôle judiciaire des lois en jugeant de leur conformité à la Constitution — pouvoir qui n'était pas explicitement énoncé dans le texte constitutionnel. La formule souvent citée est que la Cour a affirmé son « pouvoir de dire ce qu'est la loi » (the power to declare what the law is).

D'autres exemples célèbres montrent la diversité des effets possibles :

  • Brown v. Board of Education (1954, États‑Unis) : la Cour suprême a déclaré l'inconstitutionnalité de la ségrégation raciale dans les écoles publiques, marquant un tournant majeur dans la lutte pour les droits civiques.
  • Roe v. Wade (1973, États‑Unis) : décision reconnaissant un droit constitutionnel à l'avortement, qui a ensuite été remis en cause et renversé par Dobbs v. Jackson Women's Health Organization (2022), illustrant la possibilité de réversibilité d'une décision « phare ».
  • Donoghue v. Stevenson (1932, Royaume‑Uni) : arrêt fondateur du droit de la responsabilité délictuelle moderne, instituant le devoir de diligence (duty of care) entre personnes.
  • R. v. Morgentaler (1988, Canada) : la Cour suprême du Canada a invalidé les dispositions pénales encadrant l'avortement, entraînant une modification profonde du droit canadien en la matière.

La portée d'une décision phare peut être juridique (création d'une nouvelle règle), sociale (changement de pratiques ou de politiques publiques) et politique (déclenchement de réformes législatives ou de débats publics). Toutefois, même une décision très influente peut voir son effet limité par :

  • une législation ultérieure qui codifie ou annule le raisonnement judiciaire ;
  • une décision contraire d'une juridiction supérieure ou de la même juridiction à une date ultérieure ;
  • une évolution des faits sociaux ou économiques qui rend la solution moins pertinente.

Enfin, il est important de noter que l'évaluation d'une décision comme « phare » dépend souvent du point de vue : juristes, historiens, acteurs politiques ou groupes sociaux peuvent distinguer différemment l'importance et la valeur d'un arrêt selon leurs critères. Néanmoins, les décisions qui redessinent durablement les contours du droit occupent une place centrale dans l'histoire juridique et la formation du droit vivant.