La Kriegsmarine (prononciation allemande : [ˈkʁiːksmaˌʁiːnə], marine de guerre) était le nom de la marine de l'Allemagne nazie de 1935 à 1945. Elle a remplacé la marine impériale allemande de la Première Guerre mondiale et la Reichsmarine de l'entre-deux-guerres. La Kriegsmarine était l'une des trois branches officielles de la Wehrmacht, les forces armées de l'Allemagne nazie.
Origines et organisation
La création de la Kriegsmarine en 1935 s'inscrit dans la politique de réarmement du régime nazi, en rupture avec les limitations imposées par le traité de Versailles après 1919. Elle fut conçue pour servir les ambitions stratégiques du Troisième Reich, mais dut composer avec la supériorité numérique et industrielle de marines rivales, notamment la Royal Navy.
La Kriegsmarine comprenait plusieurs branches et types d'unités :
- la flotte de surface (cuirassés, croiseurs, destroyers, torpilleurs) ;
- la force sous-marine (les U-Boote), qui devint l'élément central de la stratégie navale allemande ;
- les forces côtières et unités de minage/déminage ;
- les bâtiments auxiliaires et raiders commerciaux (« Hilfskreuzer ») destinés à la guerre de course ;
- des unités de soutien, bases navales et écoles de formation.
Parmi les chefs successifs figure Ernst Raeder (Grand-amiral), principal architecte de la marine jusqu'en 1943, puis Karl Dönitz, qui dirigea la flotte sous-marine et devint commandant en chef après le départ de Raeder. Dönitz est ensuite devenu, brièvement, chef d'État après la mort d'Hitler en 1945.
Flotte, matériels et technologies
La Kriegsmarine disposait d'une variété de bâtiments, certains très médiatisés :
- cuirassés et croiseurs lourds : Bismarck, Tirpitz, Scharnhorst, Gneisenau ;
- croiseurs légers, destroyers et torpilleurs pour les opérations côtières et d'escorte ;
- U-Boote : principalement les Type VII (modèle standard) pour la bataille de l'Atlantique et les Type IX pour les missions à longue portée ;
- bateaux rapides de la côte et vedettes torpilleurs (S-Boot) pour les actions dans la Manche et la mer du Nord ;
- navires auxiliaires et ravitailleurs permettant aux raiders commerciaux de longue patrouille.
Du point de vue technologique, la Kriegsmarine utilisa l'appareil de chiffrement Enigma sur ses U-Boote, ce qui représenta un avantage initial. Côté anti-sous-marin, les Alliés développèrent des améliorations (radar, sonars, escorteurs, avions longeant les convois) et exploitèrent le décryptage des messages (programme connu sous le nom d’Ultra) pour contrer l’attaque sous-marine allemande.
Stratégies et opérations majeures
La stratégie de la Kriegsmarine évolua au fil du conflit. Incapable de concurrencer la Royal Navy en termes de tonnage de surface, l'Allemagne mit fortement l'accent sur la guerre sous-marine et la guerre de course :
- La bataille de l'Atlantique (1939–1945) : campagne prolongée visant à interdire les approvisionnements maritimes alliés vers le Royaume-Uni. Les U-Boote utilisèrent la tactique des « meutes » (Rudeltaktik) pour attaquer les convois et infligèrent des pertes importantes avant que les contre-mesures alliées ne renversent la tendance.
- Campagne de Norvège (Opération Weserübung, 1940) : intervention majeure pour assurer l'accès aux ressources et protéger les voies maritimes ; la marine joua un rôle décisif dans le débarquement et les opérations côtières.
- Raids de surface et actions spectaculaires : les sorties du Bismarck ou les opérations des croiseurs auxiliaires (comme Atlantis et Kormoran) contre le commerce ennemi marquèrent les premières années de la guerre.
- Défense côtière et opérations en mer du Nord et Manche : engagements fréquents avec la Royal Navy et actions de petites unités (S-Boote, E-Boote).
Avec l'entrée en guerre des États-Unis et l'amélioration des moyens alliés (porte-avions d'escorte, aéronavale de patrouille à longue portée, techniques ASM), la menace sous-marine allemande diminua à partir de 1943–1944.
Aspects controversés et incidents
La Kriegsmarine fut impliquée dans des décisions et incidents controversés. L'incident du Laconia (1942) — où un U-Boot allemand ayant torpillé un transport tenta de secourir des survivants mais dut interrompre l’opération après une attaque alliée — entraîna l'« ordre de Laconia » donné par Dönitz, interdisant en pratique les sauvetages ultérieurs lorsque ceux-ci compromettaient la sécurité des sous-marins. Après la guerre, certains chefs de la marine furent jugés ou mentionnés lors des procès internationaux pour des décisions liées à la conduite de la guerre, mais la dimension judiciaire reste complexe et débattue par les historiens.
Bilan et héritage
La Kriegsmarine infligea des pertes notables aux Alliés, notamment au cours des premières années de la bataille de l'Atlantique et par des opérations de guerre de course. Néanmoins, elle ne put garantir la supériorité maritime face aux ressources combinées des Alliés, et subit des pertes lourdes en hommes et en matériels au fur et à mesure que la guerre avançait.
Après la capitulation allemande en mai 1945, la plupart des unités de la Kriegsmarine furent saisies, coulées ou rendues. L'héritage naval allemand se poursuivit plus tard dans la Bundesmarine de la République fédérale allemande fondée dans les années 1950, tandis que le souvenir de la Kriegsmarine reste étudié dans le cadre du bilan global de la Seconde Guerre mondiale et des décisions du régime nazi.
Pour approfondir : on peut consulter des études sur la bataille de l'Atlantique, les biographies de Raeder et Dönitz, ainsi que des travaux techniques sur les types d'U-Boote (Type VII, IX, etc.) et sur le rôle du décryptage Ultra dans la lutte anti-sous-marine.

