Une armure (parfois appelée signature de la tonalité ou improprement « signature clé ») est un groupe de signes dièse (#) ou bémol (♭) placés au début d'une portée, immédiatement après la clé. Elle indique quelles notes doivent être systématiquement altérées tout au long du morceau, sauf indication contraire par une altération accidentelle. Par exemple, si l'armure contient un seul dièse (le Fa), cela signifie que toutes les écritures de Fa sur cette portée sont jouées comme des Fa dièse (sur un piano : la touche noire située à droite du Fa) sauf si un signe contraire (bécarre, dièse ou bémol) est posé devant la note.
Pourquoi une armure ?
- Praticité : elle évite d'écrire le même dièse ou bémol devant chaque note concernée pendant toute la pièce.
- Information tonale : elle aide l'interprète à repérer rapidement la tonalité (majeure ou mineure relative) et à comprendre la logique harmonique du morceau.
Quelques notions clés
- Nombre de tonalités : il existe douze hauteurs de base dans l'octave, donc douze tonalités de base en majeur et douze en mineur (modes majeurs et mineurs). Chaque tonalité majeure a une relative mineure qui partage la même armure.
- Quinze armures utilisées : en notation occidentale on utilise quinze armures possibles, allant de 7 bémols à 7 dièses. Le nombre 15 (et non 12) s'explique par l'existence d'équivalences enharmoniques : des tonalités distinctes en nom peuvent produire la même hauteur sonore — par exemple Fa dièse majeur (F#) et Sol bémol majeur (Gb) sont enharmoniques.
- Enharmonie : deux notes ou deux tonalités sont enharmoniques lorsqu'elles ont la même hauteur sonore mais des noms différents (ex. Do dièse = Ré bémol ; Si = Do bémol).
Ordre d'apparition des altérations dans l'armure
L'ordre dans lequel on ajoute les dièses et les bémols est fixe :
- Dièses (ordre d'ajout) : Fa, Do, Sol, Ré, La, Mi, Si.
- Bémols (ordre d'ajout) : Si, Mi, La, Ré, Sol, Do, Fa.
Connaître cet ordre permet d'identifier rapidement la tonalité à partir de l'armure : par exemple, une armure avec deux dièses (Fa et Do) correspond à Ré majeur (ou si mineur).
Principales armures (exemples)
Voici les armures les plus courantes, avec la tonalité majeure et sa relative mineure :
- 0 altérations : Do majeur / la mineur
- 1 dièse : Sol majeur / mi mineur (Fa#)
- 2 dièses : Ré majeur / si mineur (Fa#, Do#)
- 3 dièses : La majeur / fa# mineur (Fa#, Do#, Sol#)
- 4 dièses : Mi majeur / do# mineur
- 5 dièses : Si majeur / sol# mineur
- 6 dièses : Fa# majeur / ré# mineur (ou enharmonique : Solb majeur / mib mineur avec 6 bémols)
- 7 dièses : Do# majeur / la# mineur (souvent écrit en Réb, etc., selon le contexte)
- 1 bémol : Fa majeur / ré mineur (Si♭)
- 2 bémols : Si♭ majeur / sol mineur (Si♭, Mi♭)
- 3 bémols : Mi♭ majeur / do mineur
- 4 bémols : La♭ majeur / fa mineur
- 5 bémols : Ré♭ majeur / si♭ mineur
- 6 bémols : Sol♭ majeur / mi♭ mineur
- 7 bémols : Do♭ majeur / la♭ mineur
Remarque : certains auteurs préfèrent, pour la lisibilité, écrire une tonalité enharmonique avec moins d'altérations (par exemple écrire Sol bémol plutôt que Fa dièse dans certains contextes). C'est pourquoi on retrouve parfois des choix différents selon les époques et les éditeurs.
Altérations accidentelles
Les signes placés devant une note à l'intérieur d'une mesure sont appelés altérations accidentelles. Règles principales :
- Une altération accidentelle (dièse, bémol, bécarre) s'écrit juste avant la tête de la note.
- Elle s'applique pour le reste de la mesure et pour la même hauteur (même ligne ou interligne de la portée). Elle ne s'applique pas aux octaves différentes, sauf si le compositeur le précise.
- On trouve aussi des double dièses (𝄪, souvent dessiné comme un x) et des double bémols (𝄫). Un double dièse élève la note d'un ton entier (par ex. Fa𝄪 = Sol), un double bémol l'abaisse d'un ton entier.
- Parfois on ajoute un signe de rappel (ou cautionary) entre parenthèses pour indiquer une altération déjà comprise par l'armure ou pour lever toute ambiguïté.
Placement et changements d'armure
L'armure est écrite au début de chaque portée, après la clé et avant l'indication métrique (l'indication du tempo ou de la mesure se place généralement après l'armure). Si un morceau change de tonalité (modulation) et que le changement est durable, le compositeur peut modifier l'armure en cours de partition : on parle de changement d'armure. Lorsqu'il s'agit d'une modulation passagère, on utilisera plutôt des altérations accidentelles sans changer l'armure.
Dans certains cas extrêmes (par exemple des tonalités théoriques avec trop de dièses ou bémols, ou pour faciliter la lecture), on préfère écrire la tonalité enharmonique la plus lisible (par exemple écrire La♭ majeur plutôt que Sol♯ majeur si cela ramène à un armure plus simple).
Cas particuliers
- Musique atonale ou fortement chromatique : certains compositeurs n'utilisent pas d'armure, ou expliquent en tête de partition que toutes les altérations doivent être écrites en toutes occurrences. On rencontre aussi l'usage d'armures particulières dans la musique modale.
- Modalité : si la pièce est modale (ne suit pas strictement le système majeur / mineur), l'armure peut être choisie pour refléter l'échelle modale, ou bien l'auteur peut préférer écrire toutes les altérations accidentelles pour préciser les degrés modaux.
Comment reconnaître la tonalité à partir de l'armure ?
Connaissant l'armure, on peut déterminer la tonalité majeure ou sa relative mineure. Parfois l'armure correspond à deux possibilités (une majeure et sa mineure relative). Pour trancher, on regarde :
- la tessiture et l'accent harmonique final (la pièce se termine-elle sur l'accord de la tonique majeure ou mineure ?) ;
- la prépondérance de certaines altérations accentuant la sensible en mineur (on rencontre souvent des altérations qui élèvent la 7e de la mineure pour créer la sensible).
En résumé, l'armure est un outil fondamental de la notation musicale : elle synthétise les altérations permanentes d'une tonalité, facilite la lecture et renseigne sur le caractère harmonique d'une pièce. Les altérations accidentelles, les doubles dièses/bémols et les choix enharmoniques offrent la souplesse nécessaire pour exprimer toutes les situations harmoniques rencontrées en musique.