Canon d'infanterie désigne une catégorie d'armes d'artillerie légère conçue pour assurer le soutien direct des unités d'infanterie. Ces pièces ont généralement un tube court et un faible recul, tirent des projectiles à vitesse initiale relativement basse et privilégient la maniabilité et la capacité de déplacement rapide plutôt que la portée ou la puissance pure. Elles servent principalement au tir direct contre des positions ennemies (pieux de mitrailleuse, bunkers, abris), à la neutralisation d'obstacles et au tir de couverture rapprochée.

Caractéristiques générales

  • Calibre et puissance : souvent dans une gamme faible à moyenne (par exemple ~37 mm à ~76 mm selon les modèles historiques). Le but n'est pas la portée maximale mais l'effet immédiat au contact.
  • Tube court et faible vitesse : conçu pour des trajectoires tendues et des tirs directs ; bon rendement en explosif (obus à fragmentation ou à éclats) pour supprimer des points d'appui.
  • Légèreté et mobilité : construction allégée, possibilité d'être remorqué par un véhicule léger, transporté à dos d'homme ou d'animal, ou aéroporté selon la variante.
  • Simplicité d'emploi : mise en batterie rapide, entretien limité, effectif réduit pour l'équipage.
  • Ammunition : obus explosifs (HE), shrapnel, fumigènes ; certains modèles pouvaient tirer des munitions antichars à performance limitée.

Types et variantes

Canon de paquetage (pack)

Le canon de paquetage est conçu pour être démonté en plusieurs charges faciles à transporter par des hommes ou des animaux de bât (mules, chameaux). Objectif : permettre le transport en terrain difficile où les véhicules ne passent pas (montagne, jungle, zones rurales sans routes). Caractéristiques :

  • démontable en modules (tube, affût, roues, frein)
  • poids total réduit et dimensions compactes
  • utilisation fréquente lors d'opérations de montagne ou coloniales

Canon de montagne

Spécialisé pour le combat en altitude et sur reliefs accidentés. Le canon de montagne reprend souvent le concept du canon de paquetage mais avec des adaptations supplémentaires pour les pentes raides et les contraintes climatiques :

  • possibilité d'être assemblé/désassemblé rapidement
  • rayon de braquage, prise en main et fixations adaptées aux animaux et aux équipages réduits
  • souvent résistants à la corrosion et conçus pour des températures et altitudes extrêmes

Canon aéroporté

Destiné aux unités parachutistes et aéroportées, ce type de canon est optimisé pour être largué par parachute ou transporté dans des planeurs/avions légers. Particularités :

  • structure renforcée pour résister aux chocs du largage
  • affût et roues repliables ou démontables
  • poids limité afin d'être manutentionnable par un petit nombre de paras

Emploi tactique

Les canons d'infanterie étaient généralement intégrés au niveau régimental ou bataillon afin d'apporter un appui direct et immédiat. Ils pouvaient :

  • effectuer des tirs directs contre des positions fortifiées et des concentrations de troupes
  • détruire ou neutraliser des nids de mitrailleuse, des passages bloqués et des abris
  • apporter un appui feu mobile lors d'attaques ou de contre-attaques

Histoire et évolution

Les premiers canons légers pour l'infanterie apparaissent à la fin du XIXe siècle et se développent avant et pendant la Première Guerre mondiale, lorsque les besoins de soutien rapproché se multiplient. Pendant les deux guerres mondiales, ces pièces se diversifient et se spécialisent : canons de régiment, pièces de montagne, versions aéroportées. Exemples historiques célèbres (parmi d'autres) : le Canon d'infanterie de 37 mm modèle 1916 (France), le 76 mm regimental gun M1927 (URSS), le leIG 18 (Allemagne) ou encore des canons de 65 mm utilisés par l'Italie comme pièces de montagne.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'évolution technologique et doctrinale a réduit l'usage des canons d'infanterie classiques. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin :

  • apparition et diffusion des mortiers légers (60 mm, 81 mm) qui offrent un soutien indirect très mobile et une cadence de tir élevée ;
  • développement des armes antichars portables, des fusils lance-grenades et des missiles guidés (ATGM) fournissant une capacité antichar et antinid rapide et précise ;
  • apparition des armes à souffle réduit (recoilless rifles), des lance-grenades automatiques et des mitrailleuses lourdes montées sur véhicules qui remplacent certaines fonctions de supression directe.

Rôle actuel et héritage

Aujourd'hui, les canons d'infanterie traditionnels sont rares dans les armées modernes. Leur rôle a été largement repris par :

  • les mortiers de compagnie et bataillon (60–120 mm) pour la polyvalence indirecte ;
  • les lance-grenades automatiques (ex. 40 mm) et mitrailleuses pour la suppression directe ;
  • les armes antichars portables et guidées pour traiter les blindés et fortifications ;
  • l'artillerie légère montée sur véhicules et les véhicules de combat d'infanterie qui apportent puissance de feu et mobilité.

Cependant, le concept d'« appui rapproché au profit de l'infanterie » demeure, et certaines idées techniques des canons d'infanterie (mobilité, modularité, facilité d'emploi) se retrouvent dans des systèmes modernes destinés au soutien direct.

Conclusion

Le canon d'infanterie fut une réponse pratique au besoin d'un appui feu proche et mobile pour les fantassins. Ses variantes — pack, montagne et aéroportée — reflètent l'adaptation aux contraintes de transport et de terrain. Si leur usage régulier a décliné depuis le milieu du XXe siècle, ils ont profondément influencé la manière dont les forces terrestres conçoivent le soutien direct, et leur héritage technique et tactique perdure dans les systèmes contemporains de soutien d'infanterie.