Carl-Henning Pedersen (23 septembre 1913 – 20 février 2007) était un peintre danois, membre central du mouvement CoBrA (1948–1951) et l'une des personnalités artistiques les plus marquantes du Danemark dans la seconde moitié du XXe siècle. Surnommé le « Chagall scandinave », il est reconnu pour ses compositions colorées, fantasmatiques et souvent monumentales, mêlant figuration libre et héritages modernes.

Biographie

Né à Copenhague, Pedersen grandit dans un quartier populaire près de Vigerslev Alle. Issu d'un milieu modeste, il adopta tôt des convictions politiques radicales. En 1933 il fréquente le lycée populaire international d'Elseneur (Helsingør), où il fait la connaissance de la peintre autodidacte Else Alfelt ; ils se marient en 1934. Leur première fille, Vibeke Alfelt, naît la même année ; une deuxième, Kari-Nina, voit le jour en 1940. Else Alfelt joua un rôle déterminant en l'encourageant à peindre.

Pedersen expose pour la première fois en 1936 à l'Kunstnernes Efterårsudstilling de Copenhague, montrant quatre œuvres abstraites. Son modernisme et ses recherches formelles entrent en conflit avec le réalisme socialiste attendu par certains de ses amis communistes — conflit qui le conduit, dit-on, à des affrontements d'idées, y compris avec des figures comme Bertolt Brecht. En 1939, il effectue un voyage à pied jusqu'à Paris où il découvre les œuvres de Picasso et Matisse ; au retour il visite l'exposition d'« art dégénéré » (entartete Kunst) à Francfort, et y est profondément impressionné par Chagall, dont l'influence marquera durablement son œuvre.

Style, influences et engagement

Le travail de Pedersen se caractérise par une palette vive, des formes organiques et un sens aigu du récit visuel mêlant mythologie, contes et imaginaire personnel. S'il a commencé par des recherches inspirées du cubisme et de Paul Klee — avec des plans de couleur relativement plats et une abstraction géométrique — son œuvre évolue rapidement vers une figuration libre, onirique et souvent joyeuse. Les thèmes récurrents incluent des figures flottantes, des animaux fantastiques, des motifs cosmiques et des scènes quasi religieux ou mythiques.

Pendant l'occupation nazie du Danemark, Pedersen rejoint le groupe Høst et écrit pour la revue Helhesten, où il s'intéresse notamment aux peintures murales médiévales danoises. Son engagement artistique se manifeste dans la volonté de créer un art expressif et collectif, à la fois spontané et profondément ancré dans une humanité populaire.

CoBrA et carrière internationale

En 1948, Pedersen et Else Alfelt figurent parmi les membres fondateurs du mouvement CoBrA, aux côtés d'Asger Jorn, Karel Appel et d'autres artistes européens. Le nom du groupe est formé des initiales des villes où ses fondateurs étaient basés : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. CoBrA prône la libération de la création artistique, la spontanéité et le langage pictural enfantin ou populaire. Pedersen reste au cœur du mouvement jusqu'à sa dissolution en 1951, produisant à cette époque certains de ses travaux les plus inventifs et colorés.

Sa notoriété s'accroît ensuite au plan international : il reçoit plusieurs distinctions, expose dans des institutions étrangères (rétrospective au Carnegie Institute de Pittsburgh en 1961) et représente le Danemark à la Biennale de Venise en 1962.

Œuvres monumentales et techniques

À partir des années 1960, Pedersen développe une importante activité dans l'art public et monumental. Il travaille non seulement à l'huile et à l'aquarelle, mais réalise aussi mosaïques, vitraux, fresques et sculptures en bronze. Parmi ses commandes publiques les plus connues figurent la grande mosaïque « Cosmic Sea » pour le H. C. Ørsted Institute de l'université de Copenhague et la décoration murale en carreaux « Fantasy Play Around the Wheel of Life » pour la cour Angli à Herning.

Dans les années 1980 il s'installe en Bourgogne, mais continue de recevoir des commandes au Danemark. Il surprend nombre de ses contemporains en participant à la restauration et à la redécoration de la cathédrale gothique de Ribe (1983–1987), pour laquelle il réalise peintures murales, vitraux et mosaïques illustrant des récits bibliques, mêlant tradition et modernité.

Distinctions, musée et héritage

  • Prix Eckersberg (1950)
  • Récompense (mentionnée) du « prix Guggenheim » (1958)
  • Médaille Thorvaldsen (1963)

Pedersen a souvent refusé la mise en vente de nombreuses œuvres, préférant faire des donations. Lui et Else Alfelt ont joué un rôle central dans la création du musée qui porte leurs noms : le musée Carl-Henning Pedersen & Else Alfelt, inauguré à Herning en 1976, destiné à conserver et présenter leur œuvre dans un cadre spécialement conçu. D'autres œuvres ont été remises à la Statens Museum for Kunst (Galerie nationale danoise) au début de l'année 2007.

Fin de vie et postérité

Carl-Henning Pedersen est décédé à Copenhague le 20 février 2007, après une longue maladie. Il laisse notamment dans le deuil sa deuxième épouse, Sidsel Ramson. Son héritage artistique perdure à travers ses peintures, mosaïques, vitraux et sculptures, ainsi que par le musée de Herning qui conserve une collection importante et organise des expositions pour faire connaître sa contribution majeure au paysage artistique scandinave et européen.