L'expiation par le sang (souvent traduit de l'anglais "blood atonement") est une doctrine controversée associée à certaines périodes de l'histoire du mouvement mormon. Elle soutient que, pour certains péchés considérés comme extrêmement graves, le pécheur doit avoir son sang versé afin d'obtenir l'expiation complète de ces fautes. Ce concept a été exprimé et débattu surtout au XIXe siècle dans le contexte des communautés religieuses installées dans le territoire de l'Utah.
Origines et contexte historique
La doctrine a été formulée et promue publiquement par des dirigeants mormons du XIXe siècle, parmi lesquels Brigham Young est le plus souvent cité. Certains chercheurs estiment que Joseph Smith avait également ébauché des idées apparentées, mais les formulations les plus explicites datent de la période postérieure à la mort de Smith, durant la colonisation du territoire de l'Utah et les tensions sociales qui l'accompagnaient.
Le concept s'inscrit dans un contexte religieux, social et juridique particulier : une église en rapide expansion, des conflits avec le gouvernement fédéral, la pratique de la polygamie et des peurs liées à l'isolement et à la survie d'une communauté frontalière. Ces éléments ont favorisé des discours parfois virulents sur la punition, la justice et la loyauté communautaire.
Enseignements et interprétations
- Idée centrale : pour certains péchés—notamment le meurtre volontaire selon certaines interprétations—le sang du coupable devait être versé pour compléter l'expiation que la mort ou la peine ordinaire n'aurait pas accomplie.
- Étendue : les formulations varient ; certains discours élargissaient la liste à des actes perçus comme trahison religieuse ou sociale (abandonnisme de l'Église, adultère qualifié, etc.), mais l'application réelle et systématique de cette extension est contestée.
- Interprétations : historiens et théologiens distinguent les déclarations rhétoriques, les sermons hyperboliques et les propositions de sanction active : toutes les proclamations sur l'expiation par le sang ne se sont pas traduites en actes juridiques officiels.
- Contraste doctrinal : l'idée s'est développée à côté de la doctrine chrétienne traditionnelle de l'expiation par le sang du Christ ; elle ne s'est pas imposée comme doctrine centrale et a fait l'objet de controverses internes et externes.
Application, conséquences et événements associés
La doctrine a eu des effets symboliques et pratiques ; elle a contribué à un climat de fermeté morale et parfois de menace implicite contre ceux considérés comme ennemis ou traîtres à la communauté. Parmi les conséquences et événements souvent évoqués :
- Méthodes d'exécution : le territoire puis l'État de l'Utah ont, durant une large période, prévu le peloton d'exécution parmi les méthodes légales de mise à mort. Certains commentateurs ont relié cette présence observée du peloton au climat idéologique local, mais le lien causalo-direct entre la doctrine religieuse et la législation pénale demeure débattu.
- Massacre de Mountain Meadows : le massacre (septembre 1857), au cours duquel des membres d'une milice mormone et leurs alliés assiégèrent et tuèrent des émigrants d'origine principalement américaine, est fréquemment discuté dans les études historiques relatives à l'expiation par le sang. Certains historiens estiment que la rhétorique de l'époque a contribué au climat qui permit le massacre; d'autres soulignent des facteurs militaires, politiques et locaux qui complexifient toute explication unique. La responsabilité directe et les motivations exactes restent l'objet d'un important travail d'historiographie.
- Usage réel : malgré des discours publics, il n'existe pas de preuve qu'une politique systématique d'exécution au nom de l'expiation par le sang ait été officiellement instaurée par l'Église comme règle générale.
Déclin de la doctrine et position actuelle
- Au cours du XXe siècle, la plupart des responsables de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (l'organisation principale issue du mouvement mormon) ont pris leurs distances par rapport à l'idée d'une exécution religieuse prescrite par la doctrine. L'enseignement a été progressivement marginalisé et réinterprété comme relevant de déclarations historiques ou rhétoriques, plutôt que d'une politique actuelle.
- Aujourd'hui, la position officielle de l'Église dominante rejette l'application pratique de l'expiation par le sang et ne la présente pas comme faisant partie de son enseignement contemporain. Certaines églises dissidentes ou groupes fondamentalistes, plus marginaux, peuvent toutefois conserver des formulations ou une sympathie pour des idées proches.
Controverses et débat historiographique
Les académiciens débattent encore de plusieurs points :
- Dans quelle mesure les prises de position publiques du XIXe siècle reflétaient-elles une conviction théologique profonde ou une rhétorique exceptionnelle liée à des circonstances de crise ?
- Quel rôle la doctrine a-t-elle effectivement joué dans des violences concrètes ?
- Comment interpréter ces discours en les replaçant dans le cadre plus large des traditions religieuses américaines et de la justice pénale de l'époque ?
Ces questions conduisent à des interprétations nuancées : certains travaux insistent sur la responsabilité morale des dirigeants qui ont tenu des propos violents, tandis que d'autres relativisent l'impact direct des sermons au regard des réalités politiques et sociales locales.
Points essentiels
- Expiation par le sang désigne une doctrine mormone historique selon laquelle certains péchés graves exigeraient le versement du sang du pécheur pour l'expiation.
- Elle a été enseignée au XIXe siècle par des dirigeants comme Brigham Young et a influencé le climat religieux du territoire de l'Utah.
- Son application effective comme politique officielle est contestée ; son lien avec des événements violents est étudié mais débattu.
- L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, majoritaire aujourd'hui, a marginalisé et rejeté l'application pratique de cette doctrine; quelques groupes dissidents peuvent encore s'en réclamer.