Polder de Zauro (Nigeria) : projet d'irrigation de la plaine d'inondation Rima
Polder de Zauro (Nigeria) : projet d'irrigation transformant la plaine inondable de la Rima pour sécuriser l'agriculture, capter l'eau de pluie et booster la production durant la saison sèche.
Le projet du polder de Zauro consiste à aménager la plaine d'inondation de la rivière Rima, dans l'État de Kebbi (Nigeria), afin de capter et d'utiliser les eaux de crue pour l'irrigation pendant la saison sèche. L'objectif principal est d'augmenter la production agricole locale en compensant la courte durée de la saison humide et la pénurie d'eau en saison sèche.
Contexte climatique et agricole
La zone connaît des précipitations annuelles relativement modestes, de l'ordre d'environ 800 mm par an. Les températures moyennes sont proches de 26 °C, avec des valeurs journalières qui peuvent varier (par exemple de 21 à 40 °C entre avril et juin). Ces conditions climatiques entraînent une forte saisonnalité de la disponibilité en eau : une période de pluies concentrées et une longue saison sèche durant laquelle l'agriculture pluviale est difficile voire impossible sans irrigation.
Principe et composantes du polder
Un polder est une zone mise en retenue par des digues ou des bermes et équipée d'ouvrages de contrôle hydraulique (écluses, vannes, canaux, stations de pompage) permettant :
- de capter et d'accumuler les eaux de crue pendant la saison humide ;
- de réguler les apports et d'irriguer les parcelles en saison sèche ;
- d'évacuer les excès d'eau pour éviter l'engorgement ou l'inondation non contrôlée.
Dans le cas de Zauro, l'aménagement comprendra typiquement des digues périphériques, un réseau de canaux et de drains, des ouvrages de prise d'eau sur la Rima et des équipements d'irrigation au niveau parcellaire.
Bénéfices attendus
- Sécurité alimentaire : possibilité de passer à des cultures de rente et à des cycles de culture supplémentaires (par ex. riz irrigué, légumes, horticulture) grâce à l'eau disponible en saison sèche.
- Création d'emplois : emplois liés aux travaux d'aménagement, à la gestion du système et aux activités agricoles intensifiées.
- Valorisation des terres : augmentation des rendements et de la valeur économique des parcelles.
- Développement local : amélioration des revenus, diversification des cultures et meilleure intégration aux marchés si des voies d'accès et des filières commerciales sont développées.
Impacts et risques potentiels
Les projets de poldérisation comportent aussi des risques qu'il est important d'anticiper :
- Environnementaux : modification des habitats de zones humides, impact sur la faune aquatique et la pêche, risque d'eutrophisation ou d'altération des cycles hydrologiques locaux.
- Axés sur les sols : risque de salinisation ou d'engorgement si le drainage n'est pas correctement conçu et entretenu.
- Sociaux : déplacements ou transformations des usages traditionnels (pêche, pâturage), inégalités d'accès à l'eau entre agriculteurs, nécessité d'indemnisation et de consultation des populations locales.
- Sanitaires : accroissement possible des maladies hydriques (ex. paludisme, bilharziose) sans mesures sanitaires adaptées.
- Institutionnels et financiers : coût d'entretien élevé, nécessité d'une gouvernance locale solide pour la maintenance et la répartition de l'eau.
Conditions de réussite et recommandations
Pour maximiser les bénéfices et réduire les risques, il est recommandé de :
- réaliser des études complètes (études d'impact environnemental et social, études hydrologiques et de faisabilité) avant toute construction ;
- impliquer les communautés locales et les parties prenantes dès la conception pour garantir l'acceptabilité sociale et une répartition équitable des bénéfices ;
- prévoir des mesures compensatoires pour les activités affectées (pêche, pâturage) et des mécanismes d'indemnisation transparents ;
- mettre en place une gestion intégrée de l'eau, avec formation des usagers, comités locaux de gestion et plans d'entretien pérennes ;
- intégrer des pratiques agricoles durables (rotation, gestion des intrants) pour éviter la dégradation des sols et des eaux ;
- prévoir des actions sanitaires et de surveillance pour limiter les risques de propagation de maladies liées à l'eau.
État et perspectives
Le projet du polder de Zauro est motivé par le besoin d'exploiter les ressources hydriques saisonnières pour soutenir l'agriculture dans une région à pluviométrie limitée. Comme pour tout grand aménagement hydraulique, sa réussite dépendra de la qualité des études préalables, du financement, de la gouvernance locale, et de la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux. Une mise en œuvre progressive, pilotée avec la participation des communautés et appuyée par des évaluations et un suivi environnemental, permettra d'optimiser les impacts positifs tout en réduisant les risques.

Le bassin de la rivière Sokoto. Le projet est prévu en amont de Birnin Kebbi à Argungu
Retards
Le gouvernement de l'État et le ministère fédéral de l'agriculture et des ressources en eau ont lancé le plan du projet commencé en 1969. Toutefois, des retards répétés ont été enregistrés.
En juillet 1995, rien n'avait encore été fait dans le cadre de ce projet. En mars 2003, alors qu'il faisait campagne pour sa réélection à Birnin Kebbi, le président Olusegun Obasanjo a promis de mener à bien le projet. En octobre 2006, le gouvernement fédéral et celui de l'État de Kebbi ont signé un protocole d'accord pour l'exécution du projet, dont le coût est estimé à 15 milliards de nairas. En mai 2008, le président Umaru Musa Yar'Adua a ordonné le démarrage immédiat des travaux de la première partie du projet, dont le coût est désormais estimé à plus de 18,5 milliards de dollars. En janvier 2009, le gouverneur de l'État de Kebbi, Sa'idu Dakingari, a déclaré que les travaux commenceraient bientôt.
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