Le monument Yonaguni (parfois appelé « formation de Yonaguni ») est un ensemble de grandes masses rocheuses submergées situées au large de la côte sud de l'île de Yonaguni, dans l'archipel des Ryukyu (Japon). Découvert par des plongeurs locaux dans les années 1980, ce site a attiré l'attention en raison de ses terrasses en forme d'escalier, de ses parois planes et de ses arêtes nettes. La partie principale — souvent désignée comme le « Monument » proprement dit — est une structure grossièrement rectangulaire d'environ 150 m sur 40 m, s'élevant sur quelque 27 m de hauteur totale, dont le sommet se situe à environ 5 m sous la surface de la mer. La majeure partie de la surface supérieure montre une série complexe de terrasses et de larges marches rectangulaires, avec des parois quasi verticales.
Parmi ses particularités, on peut citer :
- des gradins ou terrasses disposés en paliers successifs, souvent perçus comme des « marches » ;
- des surfaces planes et relativement lisses de grande étendue ;
- des arêtes et angle apparemment droits donnant une impression de géométrie rectangulaire ;
- des « routes » ou canaux linéaires, des piliers et des piliers partiellement séparés par des failles ;
- la position du sommet proche de la surface maritime, facilitant son observation par plongée.
Explications géologiques (origine naturelle)
La plupart des géologues, géomorphologues et océanographes considèrent la formation comme le résultat de processus naturels. Le substrat rocheux de la région est constitué de sédiments consolidés (couches de grès, de mudstone ou calcaires diagenésés selon les secteurs) présentant des plans de stratification et des systèmes de joints (fissures) orthogonaux. Ces caractéristiques naturelles favorisent la désagrégation en blocs rectangulaires quand l'érosion agit.
Les processus plausibles sont :
- l'érosion différentielle le long des plans de stratification et des joints, qui dégage des faces planes et des angles droits apparents ;
- l'action des vagues et des courants lors des périodes de bas niveau marin (notamment pendant le Pléistocène), qui a pu créer des marches et des terrasses littorales ;
- la bioérosion et l'altération chimique en milieu marin, qui polissent certaines surfaces ;
- les mouvements tectoniques et le soulèvement/affaissement local, qui exposent ou submergent des niveaux préérodés.
Des relevés bathymétriques, des analyses photographiques et des études géologiques ont montré que les schémas de fractures et de plans de faiblesse expliquent bien la majorité des formes observées sans faire intervenir l'intervention humaine.
Arguments en faveur d'une origine humaine
Certains chercheurs et journalistes, et notamment le professeur Masaaki Kimura, soutiennent que des éléments du site pourraient être d'origine anthropique. Les principaux arguments avancés sont :
- l'apparence très régulière de certaines marches et angles, suggérant des tailles ou tailles de pierre délibérées ;
- la présence supposée de « routes », d'escaliers et de structures rappelant des aménagements ;
- interprétations proposant une datation humaine de l'ordre de quelques milliers d'années (par exemple 2 000–3 000 ans) si l'on admet qu'il s'agirait d'une structure submergée par la montée du niveau marin.
Cependant, ces affirmations sont généralement jugées insuffisamment étayées par la communauté scientifique : il manque des preuves indubitables comme des traces d'outils clairement humaines, des structures architecturales superficielles associées, ou des artefacts datés en position primaire qui démontreraient une construction volontaire.
Arguments en faveur de l'explication naturelle
Les critiques de l'hypothèse anthropique soulignent :
- l'absence de marques d'outillage ou d'assemblages de blocs comparables aux architectures mégalithiques connues ;
- la correspondance entre les directions des joints et des fractures dans la roche et l'orientation des arêtes visibles ;
- des observations comparables sur d'autres littoraux où des processus géologiques produisent des formes quasi rectilignes et des « marches » naturelles ;
- des études géomorphologiques qui expliquent la formation par des mécanismes d'érosion et de fracturation.
Recherches et méthodes
Le site a été étudié par des plongeurs, des géologues et des photographes sous-marins. Les techniques utilisées incluent la plongée récréative et scientifique, la cartographie par sonar, la photogrammétrie 3D, et l'analyse pétrographique des roches. Pour trancher définitivement sur une origine humaine, il faudrait des recherches archéologiques sous-marines systématiques : relevés détaillés, fouilles contrôlées, datations (radiocarbone pour tout matériel organique associé, OSL pour sédiments éventuellement recouvrant des surfaces), et analyses microstratigraphiques permettant d'identifier des signatures anthropiques (marques d'outils, structures organisées, contextes de dépôt).
Conclusion
La controverse autour du monument de Yonaguni illustre la difficulté à interpréter des formes naturelles parfois très régulières et à les distinguer d'éventuelles constructions humaines anciennes aujourd'hui submergées. À l'heure actuelle, l'avis majoritaire des spécialistes penche pour une origine naturelle, en grande partie expliquée par la fracturation et l'érosion des roches sédimentaires et l'histoire des variations du niveau marin. L'hypothèse d'une intervention humaine reste défendue par certains mais manque de preuves archéologiques robustes et incontestables. Des études interdisciplinaires supplémentaires, intégrant géologie, archéologie sous-marine et datation, permettraient de réduire l'incertitude et d'enrichir notre compréhension du site.

