La province du Pakistan occidental a été créée le 14 octobre 1955 par la fusion des provinces, des États et des zones tribales de l'aile occidentale du Pakistan dans le cadre de la politique dite de « One Unit ». Cette unité administrative regroupait alors douze divisions et avait pour capitale provinciale Lahore. L'aile orientale, rebaptisée Pakistan oriental, avait pour capitale Dacca (Dhaka).
Contexte et objectifs de la politique « One Unit »
La politique de One Unit visait officiellement à rationaliser l'administration, réduire les coûts et éliminer les rivalités provinciales en créant une entité unique pour l'Ouest, afin d'équilibrer politiquement l'Est, beaucoup plus peuplé. En réalité, cette réforme répondait aussi à des objectifs politiques : concentrer le pouvoir, simplifier la représentation fédérale et réduire l'influence régionale des grandes provinces (Punjab, Sindh, Balouchistan, et Khyber Pakhtunkhwa).
Pourtant, le Pakistan occidental n'était pas homogène : il rassemblait des populations d'ethnies et de langues variées — Punjabis, Sindhis, Pachtounes, Baloutches, et d'autres groupes — avec des intérêts, des cultures et des revendications politiques distincts. Beaucoup critiquèrent la réforme comme une dilution des identités locales et une manœuvre pour neutraliser la forte représentation numérique du Pakistan oriental.
Régime militaire, centralisation et suppression des institutions provinciales
Le coup d'État militaire du 7 octobre 1958, mené par le général Ayub Khan, marqua le début d'une forte centralisation du pouvoir. Le poste de ministre en chef du Pakistan occidental fut supprimé et les pouvoirs exécutifs provinciaux furent repris par le gouvernement central et par des gouverneurs nommés. Le gouvernement fédéral, initialement basé à Karachi, fut déplacé en 1959 à Rawalpindi comme capitale provisoire en attendant l'achèvement d'Islamabad.
Durant les années 1960, le pouvoir exécutif se consolida autour du président et de l'appareil militaire : les libertés politiques et l'autonomie provinciale restèrent limitées, renforçant les ressentiments, en particulier au Pakistan oriental qui réclamait une représentation et des pouvoirs accrus.
Dissolution de la One Unit et élections de 1970
Face aux tensions croissantes et à la pression politique, le président Yahya Khan dissout la structure One Unit en juillet 1970, rétablissant les anciennes provinces occidentales. Il convoqua des élections générales pour décembre 1970, destinées à restaurer un gouvernement civil.
Lors des élections du 7 décembre 1970, la Ligue Awami, dirigée par Mujibur Rahman (Sheikh Mujib), obtint une victoire écrasante au Pakistan oriental : elle remporta 160 des 162 sièges attribués à l'Est à l'Assemblée nationale. Le programme politique de la Ligue Awami s'appuyait sur les « Six points » réclamant une plus grande autonomie pour l'Est.
Crise politique, répression et guerre de libération (1971)
Malgré la victoire électorale de la Ligue Awami, les dirigeants de l'Ouest refusèrent de transférer le pouvoir au parti majoritaire de l'Est. La tension monta jusqu'à l'utilisation de la force : le 25 mars 1971, l'armée pakistanaise lança l'opération dite Searchlight, visant à réprimer les forces politiques et les mouvements populaires au Pakistan oriental. Cette répression déboucha sur une guerre civile qui opposa l'armée pakistanaise aux forces indépendantistes bengalies, organisées notamment sous le nom de Mukhti Bahini (forces de libération).
La répression et les violences entraînèrent une crise humanitaire majeure : des millions de réfugiés (estimations proches de 8 à 10 millions selon diverses sources) fuirent vers l'Inde voisine. Les pertes humaines pendant la répression restent sujettes à controverse et varient fortement selon les estimations : plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de morts selon les sources et les méthodes de calcul. De nombreux observateurs et gouvernements qualifièrent ces événements de grave violation des droits humains, et certains auteurs et institutions parlent de génocide.
L'intervention militaire indienne en décembre 1971, motivée par la crise des réfugiés et des incursions frontalières, provoqua une guerre courte mais décisive. Le 16 décembre 1971, les forces pakistanaises stationnées au Bangladesh se rendirent ; le Pakistan oriental devint de facto indépendant. La République du Bangladesh proclama son indépendance le 26 mars 1971, mais la reddition des forces pakistanaises le 16 décembre officialisa la victoire militaire qui permit la reconnaissance internationale du nouvel État.
Conséquences
- La disparition du terme et de l'entité politique de Pakistan occidental : après 1971, l'expression perdit son sens pratique, le Pakistan restant composé de ses provinces occidentales rétablies.
- Perte territoriale et traumatisme politique : la scission mit fin à l'ambition d'un État pakistanais en deux ailes et entraîna une remise en question des politiques centralisatrices et des rapports de force entre régions.
- Impact humanitaire durable : les répercussions démographiques, sociales et politiques se firent sentir des deux côtés pendant des décennies, avec des questions de justice, de mémoire et de reconstructions toujours sensibles.
La période 1955–1971 illustre comment des politiques administratives et électorales, la centralisation du pouvoir et le refus de solutions politiques aux demandes d'autonomie peuvent conduire à des crises majeures et à la recomposition d'un État. Le cas du Pakistan occidental et de la naissance du Bangladesh reste un exemple majeur de ces dynamiques dans l'histoire postcoloniale sud-asiatique.