Verulamium désigne l'une des principales agglomérations de la Grande‑Bretagne romaine, située au sud‑ouest de l'actuelle ville de St Albans, dans le comté du Hertfordshire. Occupé avant la conquête par la tribu catuvellaune sous le nom préromain rendu par les sources et l'archéologie comme Verlamion, le site a évolué en une ville d'importance régionale à l'époque romaine et a laissé des traces visibles et enfouies qui ont fait l'objet de fouilles depuis le XIXe siècle.
Localisation et toponymie
La cité se trouve à proximité immédiate de l'axe routier antique connu sous le nom de Watling Street, qui reliait plusieurs centres provinciaux. Le nom Verulamium est la forme latinisée employée par les auteurs romains ; la mémoire du nom préromain se retrouve dans les sources et dans la toponymie locale qui donnera plus tard son nom au hameau médiéval et à la ville moderne de St Albans.
Topographie et principaux aménagements
Verulamium présentait les caractéristiques d'une ville de rang provincial : un forum et une basilique qui jouaient un rôle administratif et commercial, des rues orientées selon le tracé urbain romain, des installations thermales et des sols décorés de mosaïques. Un système d'hypocauste, vestige du chauffage des pièces publiques ou de maisons riches, a été mis au jour sous des pavements. Les fortifications comprenaient un fossé profond et des murs de ville, visibles encore en partie aujourd'hui. Les vestiges du théâtre romain subsistent sur des terrains privés proches du site archéologique.
Histoire et évolution
Avant la conquête romaine, la zone était un centre tribal catuvellaune. Après l'installation romaine, Verulamium s'est intégrée au réseau provincial et a connu des phases de développement urbain aux Ier, IIe et IIIe siècles. En 61 apr. J.‑C., la cité fut attaquée au cours de la révolte attribuée à Boudica : une couche de cendres et de destruction constatée par les fouilles confirme l'existence d'un incendie dévastateur pour cette période. La ville fut ensuite reconstruite, agrandie et fortifiée.
Durant les IIe et IIIe siècles, Verulamium connut plusieurs incendies importants, parfois datés par le mobilier archéologique. Ces destructions provoquèrent des phases de reconstruction dans lesquelles l'emploi de la pierre se généralisa pour les édifices publics et certains bâtiments privés. Au Bas‑Empire, l'occupation déclina progressivement et la fonction urbaine romaine disparut au cours du Ve siècle, dans le contexte plus large du recul de l'administration romaine en Bretagne insulaire.
Le martyre de saint Alban
La tradition médiévale associe Verulamium au martyre de saint Alban, considéré comme le premier martyr chrétien d'Angleterre. Selon la tradition, Alban, selon certains récits un citoyen local d'origine romaine, aurait été exécuté pour avoir protégé un prêtre chrétien et pris sa place. Ce récit, dont les détails varient selon les sources médiévales, a exercé une influence durable sur la mémoire religieuse et le pèlerinage dans la région, et explique en partie l'importance religieuse attribuée au lieu depuis le Moyen Âge.
Fouilles et découvertes archéologiques
Les recherches archéologiques à Verulamium se sont intensifiées aux XIXe et XXe siècles, avec des campagnes notables qui ont révélé mosaïques, sols, hypocaustes, fragments d'inscription, céramique, monnaies et d'autres mobiliers. Des archéologues comme Mortimer Wheeler ont mené des campagnes d'excavation dans la première moitié du XXe siècle, introduisant des méthodes stratigraphiques et publiant des rapports qui ont contribué à la compréhension du site. Les découvertes confirment la succession de phases d'occupation, d'incendies et de reconstructions.
Parmi les trouvailles figurent des mosaïques décoratives bien préservées, exposées et étudiées ; des restes d'infrastructures urbaines et des assemblages de céramique qui servent à dater les niveaux d'occupation. La couche noire liée à l'incendie du Ier siècle est un marqueur archéologique classique associé à l'épisode de la révolte de Boudica.
Conservation, parc et musée
Une large partie du site est protégée en tant que monument historique, et des zones sont incorporées à un parc public — Verulamium Park — qui offre un accès aux vestiges visibles et à des promenades sur des levées de terre et des parties des murailles. Le Verulamium Museum, situé à proximité, conserve nombre des objets découverts lors des fouilles : mosaïques partiellement reconstituées, statuettes, céramique, inscriptions et monnaies, et présente des expositions sur la vie urbaine romaine en Grande‑Bretagne.
Situation actuelle et enjeux
Beaucoup d'éléments de la cité restent enfouis sous la ville moderne de St Albans ou sous des terres agricoles voisines et n'ont pas été fouillés. L'urbanisme contemporain et la protection du patrimoine imposent un équilibre entre développement, conservation et recherches archéologiques. Les fouilles dites de sauvetage et les études géophysiques permettent néanmoins d'affiner la cartographie des structures enfouies et d'orienter de futures recherches.
Intérêt scientifique
- Verulamium fournit un excellent témoignage de la romanisation d'un centre tribal et de la dynamique urbaine en Grande‑Bretagne.
- Les couches de destruction et les séquences stratigraphiques permettent d'étudier les crises (révolte, incendies) et les processus de reconstruction.
- Le site conserve un potentiel documentaire important pour l'étude des infrastructures, de l'économie locale et des pratiques religieuses à l'époque romaine.


